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 »  Le Soufisme: Tassawwouf  


IV - DIRES ET ECRITS DES IMAMS ET SAVANTS AU SUJET DU TASSAWOUF

al-Hassan al-Basri (d. 110)

L’un des premiers Soufis formels dans le sens littéraire et général, puisqu’il vêtit toute sa vie un manteau de laine (souf). Le fils d’une esclave libérée de Oumm Salama (la femme du Prophète ), et d’un esclave affranchi de Zayd ibn Thabit (le fils adoptif du Prophète ), ce grand Imam de Basra, le leader des saints et des savants de son temps, était connu pour sa stricte observance de la Sunna du Prophète. Il fut aussi fameux pour son immense savoir, son austérité et son ascétisme, ses intréprides reproches aux autorités, son pouvoir d’attraction par la parole et par ses apparitions.


Ibn al-Jawzi écrit un livre de 100 pages sur sa vie et ses caractères intitulé Adab al-Chaykh al-Hassan ibn al-Hassan al-Basri. Dans son chapitre sur al-Hassan dans Sifat al-safwa, il mentionne qu’al-Hassan laissa un manteau blanc (joubba) en laine, c’est le seul vêtement qu’il avait revêti au cours des vingt-cinq dernières années de sa vie, en été comme en hiver, et que lorsqu’il mouru, il était d’une impeccable beauté, propre, et de bonne qualité.[45]

Dans le livre qu’il consacra aux dires et aux actions des Soufis, Rawdat al-mihibbin wa nouzhat al-moushtaqin (Le jardin des amoureux et l’excursion des nostalgiques), Ibn Qayyim rapporte:

Un groupe de femmes sortirent le jour de la `Id et regardèrent les gens. On leur demanda: «Quelle est la personne la plus belle que vous avez vue aujourd’hui?» Elles répondirent: «C’est un cheick portant un turban noir.» Elles voulaient dire Hassan al-Basri.[46]

Le maître de hadiths Abou Nou`aym al-Isfanahi (d.430) mentionne dans ses biographies de Soufis intitulées Hilyat al-awliya' (L’ornement des saints) que c’est le disciple de Hassan al-Basri, `Abd al-Wahid ibn Zayd (d.177) qui fut la première personne à construire un hospice spirituel (khaniqa soufi) ou maison de l’hôte et une école à Abadan qui de nos jours fait frontière entre l’Iran et l’Iraq.[47]

Ce fut sur les bases de Hassan al-Basri et sur la renommée de ses disciples reconnus comme Soufis qu’Ibn Taymiyya dit dans son essai al-Soufiyya wa al-fouqara: «L’origine du tassawwouf est Basra».[48] Ceci une est déclaration trompeuse qui équivaut à accuser al-Hassan d’avoir inventé le tassawwouf. Au contraire, Basra est en tête parmi les places renommées pour le développement officiel des écoles de purification qui vinrent à être connues comme tassawwouf et dont les principes ne sont rien d’autre que le Coran et la Sunna comme nous l’avons déjà démontrer abondamment.

Ghazali rapporte les dires de al-Hassan sur la jihad al-nafs dans la section de son Ihya' intitulé Kitab riyadat al-nafs wa tahdhib al-akhlaq wa mou'alajat amrad al-qalb (Le livre du dressage de l’égo et la discipline des comportements et la guérison des maladies du cœur):

Deux pensées parcourent l’esprit, une provenant d’Allah, une provenant de l’ennemi. Allah couvre de miséricorde un serviteur qui s’installe dans la pensée qui vient de Lui. Il étreind la pensée qui vient d’Allah, tandis qu’il lutte contre celle qui vient de l’ennemi. Pour illustrer l’attraction mutuelle du cœur entre ces deux pouvoirs, le Prophète dit: «Le cœur du croyant repose entre deux doigts du Miséricordieux»[49]… Les doigts signifient le bouleversement et l’hésitation dans le cœur… Si l’Homme suit les ordres de la colère et de l’appétit, la domination de satan apparaît en lui à travers les passions oisives (hawa) et son cœur devient le nid et le contenant de satan, qui se nourrit de passions. S’il combat ses passions et ne les laissent pas dominer son ego, imitant en ceci le caractère des anges, à ce moment son cœur devient le lieu de quiétude des anges et ils s’y posent.

Une mesure de la dimension du scrupule (wara') et de la peur de Hasan Al-Basri envers Allah est illustrée par sa déclaration suivante, citée aussi par Ghazali:

L’oubli et l’espoir sont deux puissantes bénédictions sur les descendants d’Adam; mais pour cela les Musulmans ne devraient pas marcher dans les rues.[50]

Imam Abou Hanifa (d.150)

Ibn `Abidin rapporte dans son al-Dourr al-moulkhtar que l’Imam Abou Hanifa dit: «Si je n’avais pas eut deux années, j’aurais péri.»

Ibn `Abidin commente:

Pendant deux années, il accompagna Sayyidina Ja`far al-Sadiq et il acquit la connaissance spirituelle qui fit de lui un gnostique dans la Voie… Abou `Ali Daqqa (le cheick de l’Imam Qouchayri) reçu l’initiation d’Abou al-Qasim al-Nasiribadi, qui la reçu d’al-Chibli, qui la reçu de Sari al-Saqati qui la reçu d’al-Ma`rouf al-Karkhi, qui la reçu de Dawoud at-Ta`i, qui reçu les deux connaissances, l’interne et l’externe de l’Imam Abou Hanifa.[51]

Soufyan al-Thawri (d.161)

Ibn Qayyim al-Jawziyya rapporte dans Madarij al-salikin, et Ibn al-Jawzi dans le chapitre intitulé «Abou hashim al-Zahid» dans son Sifat al-safwa après le maître de hadiths Abou Nou`aym dans son Hilyat al-awliya', que Soufyan al-Thawri dit:

Si ce n’était pas à cause d’Abou Hachim al-Soufi (d.115), je n’aurais jamais perçu la présence des plus subtiles formes d’hypocrisie en moi … Le meilleur est le Soufi érudit en jurisprudence.[52]

Ibn al-Jawzi rapporte aussi le passage suivant:

Abou Hachim al-Zahid dit: «Allah a marqué l’aliénation sur le monde afin que la compagnie fraternelle des mouridin (les aspirants) ne consiste qu’à être uniquement avec Lui et non avec le monde, et afin que ceux qui Lui obéissent viennent à Lui en négligeant le monde. Le Groupe des connaisseurs d’Allah (ahl al-ma`rifa billah) sont étrangers dans le monde et ont très envie de l’au-delà.»[53]

Imam Malik (94-179 H/ 716-795)

Un savant de Madina, fut connu pour sa grande piété et son amour pour le Prophète , qu’il aimait et vénérait à tel point qu’il ne montait jamais à dos de son cheval dans les limites de Madina en guise de respect à la terre qui contenait le corps du Prophète , il ne rapportait aucun hadith sans avoir accompli d’abord son ablution. Ibn al-Jawzi rapporte dans le chapitre intitulé «La couche 6 des gens de Madina» dans son livre Sifat al-sawfa:

Abou Mous`ab dit: J’entrai pour voir Malik ibn Nas. Il me dit: "Regarde à ma place de prière ou sous ma natte de prière voit ce qu’il y a". Je regardai et j’y trouvai une certaine écriture. Il me dit : "Lis la!" Je constatai qu’elle contenait le récit d’un rêve que l’un de ses frères avait fait et qui le concernait. Il dit (lisant ce qui était écrit): «Je vis le Prophète dans mon sommeil. Il était dans sa mosquée et les gens étaient autour de lui, et il dit: J’ai caché sous ma chaire (minbar) une bonne chose – ou une connaissance – et j’ai ordonné à Malik de vous la distribuer.» Malik alors pleura, je me levai et pris congé de lui.[54]

Juste comme Abou Hanifa et Soufyan al-Thawri implicitement affirmèrent la nécessité de suivre la voie soufie afin d’acquérir la perfection, l’Imam Malik ordonna explicitement la pratique du tassawwouf dans sa déclaration suivante comme un devoir des savants:

"Quiconque pratique le Tassawwouf sans étudier la Loi Sacrée (la jurisprudence) corrompt sa foi, alors que quiconque étudie la Loi Sacrée (la jurisprudence) sans pratiquer le Tassawwouf est un hérétique. Seulement celui qui combine les deux atteindra la vérité."

Cette déclaration est rapportée par le mouhaddith Ahmad Zarrouq (d.899), le hafiz `Ali al-Qari al-Harawi (d.1014), les mouhaddiths `Ali ibn Ahmad al-`Adawi (d.1190) et Ibn `Ajiba (d.1224) et autres.[55]

Ibn `Ajiba explique:

Cheick Ahmad Zarrouq dit: «Le tassawwouf a plus de deux milles définitions, qui vont toutes dans le sens de la sincérité et de la dévotion à Allah … Chaque définition correspond à l’état et l’étendue de l’expérience de celui qui le pratique, ce qui lui fera dire: «Le Tassawwouf est ceci ou cela.»

Il s’en suit que chacun des saints cités (dans le Hilyat al-awliya' d’Abou Nou'aym) qui ont une part de détermination sincère (sidq tawajjouh) ont une part dans le tassawwouf, et le tassawwouf de chacun consiste dans sa sincère détermination. En tant que règle, la sincère détermination est une nécessité de la religion dans la mesure où elle forme à la fois la manière et le contenu des actions qu’Allah accepte. La manière et le contenu ne sont pas fiables à moins que la sincérité de la détermination soit fiable. «Il n’approuve pas la non reconnaissance en Ses serviteurs, mais si vous êtes reconnaissant, Il l’agrée pour vous» (39:7).

Ainsi l’Islam exige des actions, et il n’y a pas d’auto-purification (tassawwouf) sans la connaissance de la Loi (fiqh), car les commandes externes d’Allah ne sont connues que par la connaissance de la Loi; et il n’y a pas de connaissance de la Loi sans l’auto-purification, comme il n’y a pas d’action sans sincérité dans la détermination, et il n’y a rien sans croyance. Ainsi , par définition la Loi les exige toutes, juste comme le corps et l’esprit ont besoin l’un de l’autre, aussi comme l’on ne peut exister ou être complet dans le monde qu’en étant en conjonction avec les autres. Ceci est la définition de la déclaration de l’Imam Malik: «Celui qui pratique le Tassawwouf sans avoir appris la Loi Sacrée … » [56]


Imam Chafi`i (d.204)

Al-hafiz al-Souyouti rapporte dans Ta'yid al-haqiqa al-`aliyya que l’Imam Chafi`i dit:

J’accompagnai les soufis et reçu d’eux trois mots: leur déclaration que le temps est un sabre: si tu ne le coupe pas, il te coupe; leur déclaration que si tu ne te préoccupe pas ton égo avec la vérité, il te préoccupera avec le mensonge; leur déclaration que la déprivation est une immunité.[57]

Le mouhaddith al-`Ajlouni rapporte aussi dans son livre Kachf al-Khafa wa mouzil al-albas que l’Imam Chafi`i dit:

Trois choses m’ont plu dans ce monde: éviter l’affection, traiter les gens avec indulgence et suivre la voie du tassawwouf.[58]

Imam Ahmad bin Hanbal (d.241)

Mouhammad ibn Ahmad al-Saffarini al-Hanbali (d.1188) rapporte dans son Ghidha' al-albab li-charh manzoumat al-adab de la part d’Ibrahim ibn `Abd Allah al-Qalanassi que l’Imam Ahmad dit au sujet des soufis:

«Je ne connais pas de gens meilleurs qu’eux.» Quelqu’un lui dit: «Ils écoutent la musique et ils atteignent des états extatiques.» Il dit: «Est-ce que tu les empêches de se réjouir quelque temps avec Allah?»[59]

Cheick Amin al-Kourdi dit: l’Imam Ahmad conseillant son fils dit:

«O fils, tu dois tenir compagnie avec les gens qui pratiquent le soufisme parce qu’ils sont une fontaine de savoir et leurs cœurs sont en constante invocation. Ils sont les ascétiques, et ils ont le plus puissant pouvoir spirituel.»[60]

L’Admiration des Soufis par l’Imam Ahmad est confirmée par son respect vis-à-vis de al-Harith al-Mouhassibi, quoiqu’il exprima un avertissement au sujet des difficultés de la voie Soufie pour ceux qui ne sont pas préparés à la suivre, dans la mesure où cela peut ne pas être facile pour la majorité des gens de suivre la voie de ceux au sujet desquels Allah dit au Prophète: «Et résigne-toi à la compagnie de ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir désirant Sa Face …» (18:28).

L’Imam al-Harith al-Mouhassibi (d.243)

Il fut l’un des premiers auteurs de traité de Soufis et maître de al-Jounayd. `Abd al-Qahir al-Baghdadi, Taj al-Din al-Soubki, et Jamal al-Din al-Isnawi, tous reconnaissent et réitèrent que «Sur les livres de al-Harith ibn Assad al-Mouhassabi sur le kalam, le fiqh, et le hadith reposent ceux parmi nous qui sont moutakallim (théologiens), faqih (juristes), et Soufis»[61] Ses livres encore existants sont:

· Kitab al-ri`aya li houqouq Allah (Le livre d’observance des droits d’Allah; Cheick al-Islam al-`Izz ibn `Abd al-Salam en écrivit une version abrégée.[62]

· Kitab al-tawahhoum (Le livre d’imagination), une description du jour du Jugement;

· Kitab al-Khalwa (Le livre de la retraite spirituelle);

· Rissalat al-moustarshidin (Traité pour ceux qui demandent à être guidé);

· Kitab al-Coran (Le livre de la compréhension du Coran);

· Kitab mahiyyat al-`aql wa ma’nahou wa ikhtilaf al-nas fihi (Le livre de la nature et le sens de l’esprit et les différences parmi les gens à ce sujet;

· al-Massa`il fi a’mal al-qouloub wa al-jawarih wa al-`aql (Les questions concernant les travaux des cœurs, des pieds et de l’esprit;

· Kitab al-`azama (Le livre de la magnificence);

· al-Wassaya wa al-nassa`ih al-diniyya wa al-nafahat al-qoudsiyya li naf`i jami' al-bariyya (Les héritages et conseils spirituels et les dons sanctifiés pour le bénéfice de toutes les créatures).

Le passage suivant est extrait d’al-Wassayat dans lequel al-Mouhassibi décrit le parcours de sa recherche de la vérité parmi les groupes variés de musulmans, son entrée dans la voie Soufie, et les caractéristiques des Soufis comparées aux non-Soufis:

Il a été clairement dit que cette Communauté sera divisée en soixante-dix groupes impairs, l’un d’eux est le groupe Sauvé, et Allah sait mieux au sujet du reste. J’ai consacré une partie de ma vie à étudier les différences de cette Communauté, cherchant la méthode claire et le droit chemin, recherchant le savoir et agissant par rapport à cette connaissance, guidé sur le chemin de l’au-delà aux moyens des directives des savants. Je compris une grande partie de la parole d’Allah (le Coran) à travers l’interprétation des juristes. J’ai contemplé les conditions de cette Umma, j’ai regardé ses voies de pensée et discours et j’ai compris de ce constat ce qui a été prédestiné pour moi.

Je vis leurs divisions comme un océan profond où plusieurs se sont noyés, et peu furent sauvés. Je vis que chaque groupe prétend que le salut est pour ceux qui les suivent et la destruction est pour tout ceux qui leur sont opposés. Ainsi je compris que les gens sont de différent types:

· Parmi eux est celui qui possède la connaissance de l’au-delà – il est très difficile de le trouver et il est rare;

· un autre type est l’ignorant; prendre ses distance de celui-ci est une bénédiction;

· un autre type est celui qui prétend être un savant, alors qu’il est attaché à la dunya, la préférant en réalité à toute autre chose;

· un autre type est celui possédant la connaissance, étant une référence pour la religion, mais utilisant sa connaissance comme une source de célébrité et de gain de prestige, échangeant sa religion pour le refus de cette dunya;

· un autre type est celui qui a la connaissance mais ne sachant pas le sens réel de ce qu’il possède;

· un autre type est celui qui apparait comme un ascétique, cherchant la vertu, mais il est impuissant, et sa connaissance ne peut pénétrer les cœurs de son audience, et ses dires ne sont pas fiables;

· un autre type est celui doté d’intelligence et de savoir, alors qu’il manque d’abstinence - à travers - la peur d’Allah (wara') et sa méfiance (taqwa);

· un autre type sont les disciples de leurs passions et de leurs bas-désirs, ceux qui s’humilient pour l’amour de la dunya, cherchant une position élevée ;

· un autre type ce sont les démons humains empêchant les gens de chercher l’au-delà, qui luttent comme des chiens pour la dunya, l’adulant, et ne voulant rien d’autre que d’en obtenir au maximum, qui partant de là sont vivants dans cette dunya, mais en réalité ils sont morts; ce qui est vrai est faux selon eux et ils considèrent les vivants et les morts égaux.

Je me cherchai une voie parmi ces différents types et je devins perplexe. Ainsi j’ai décidai d’être guidé par les guides, demandant du support et de la directive, et je pris la connaissance pour guide. Je réfléchi et examinai les choses méticuleusement, jusqu’à ce qu’elles me deviennent claires – avec le Livre d’Allah, la Sunna de Son Prophète , et le consensus de la Communauté pour preuve – il était évident que suivre son désir rend aveugle dans la recherche de la vérité, et que l’on perd sa voie vers la vérité, et accentue son aveuglement.

Alors je commençai à vider mon cœur de tous les bas-désirs (hawa), et je me concentrai sur les divisions de la Umma, à la recherche du Groupe sauvé, attentif à ceux qui ont suivi les désirs destructifs et les goupes égarés, faisant attention de ne pas faire un pas sans en être sûr, cherchant la voie du salut pour mon âme.

Ainsi je trouvai – comme l’unanimité de la Umma la dérive du Coran – que la voie du Salut est dans la peur d’Allah (taqwa), dans la performance des obligations, dans la peur d’Allah au sujet de ce qu’Il a permis et de ce qu’Il a interdit (wara') et les limites qu’Il a établies, dans la sincérité envers Allah à travers l’obéissance et suivant les exemples de Son Messager. Je cherchai le savoir des obligations (fara`id) et les pratiques Prophétiques (Sunna) des savants, des narrations, et je trouvai en eux à la fois l’accord et la division, mais je trouvai qu’ils s’accordent tous sur le fait que la connaissance des obligations et de la Sunna sont avec ceux qui connaissent Allah et Ses ordres, les Connaisseurs d’Allah qui agissent selon Son bon plaisir, craignant pleinement de violer ce qu’Il a interdit, se façonnant de l’exemple de Son Messager, et préférant l’Au-delà à ce monde: ce sont ceux qui s’accrochent fermement aux commandes d’Allah et aux voies des Messagers.

Alors, je regardai parmi cette Communauté pour ce genre de serviteurs qui sont connus pour leurs talents, et cherchai à bénéficier de leur savoir, et je trouvai qu’ils étaient extrêmement rares et peu nombreux, et que leur genre de savoir est en train de disparaître, comme le Messager d’Allah l’a dit: «Lorsque l’Islam commença ils étaient étranges, et ils deviendront étranges encore, comme au début, et la bonne nouvelle est aux étranges»[63] – et ils sont solitaires avec leur religion. Je sentis que ma calamité augmentait du fait de la disparition des saints Vertueux (al-awliya' al-atqiya'), et j’eus peur qu’une mort soudaine m’arrive pendant que je suis encore troublé sur la division de cette Umma. Alors je commençai à chercher un maître: et je n’avais pas d’autre choix que d’en trouver un, et je fis de mon mieux jusqu’à ce que Celui qui est Affectueux envers Sa Création me permis de rencontrer leur groupe .

Je trouvai en eux les signes de Taqwa et les qualités de wara' et la préférence de akhira sur la dunya, et trouvai que leurs intructions et leurs conseils sont en conformité avec les actions des maitres de guidance, et je les trouvai regroupés, unis à donner des conseils à la Communauté, n’encourageant personne à Lui désobéir ni à perdre espoir en Sa Miséricorde, ils acceptent toujours et patiemment les fardeaux et les difficultés, ils sont contents avec le destin et reconnaissant dans la prospérité. Ils emmènent la création à aimer leur Seigneur en parfait repentir en leur rappelant Ses faveurs et ses bontés, et ils les encouragent à remettre toutes leurs affaires à Allah, à leur faire connaître Sa Grandeur, Son livre et la Sunna, Sa Religion, Ce qu’Il aime et ce qu’Il n’aime pas, à être prudent et éviter les nouveautés et les caprices, se garder des extrêmes et des exagérations, mépriser les disputes et les arguments, se garder de la médisance et de l’oppression, s’opposer à leurs désirs, prendre leur responsabilité, contrôler leurs sens, être prudent dans leur nourriture, leur habillement et toutes leurs situations, évitant tout ce qui est douteux, évitant les bas-désirs, se satisfaire du minimum de nourriture, supprimer ce qui est indifférent, la renonciation en ce qu’il est permissible, la peur du Jugement, la circonception de la Résurrection, être affairé avec leur propre fardeau, strict avec eux-même et non avec les autres. Chacun d’eux a ses propres affaires qui le préoccupent, chacun d’eux est savant concernant l’Akhira et la description du Jour du Jugement, l’abondante récompense et la douloureuse punition. Ceci est ce qui explique leur constante anxiété et incessante inquiétude qui les éloigne de la joie de la dunya et ses plaisirs.

Ce groupe a endossé les caractères de cette religion, et dessiné les lignes définitives pour la renonciation (wara') d’une manière qui a contracté ma poitrine avec peur, et me rendit clair que la conduite de la religion et la sincérité mêlées à la crainte (wara') est un océan que quelqu’un comme moi ne peut pas comprendre; ainsi je vins à réaliser l’étendue de leurs vertus, à voir clairement leur inquiétude, et je devins de plus en plus certain qu’ils sont ceux qui luttent dans la Voie de l’au-delà, les vrais disciples de l’exemple des Messagers, la source de ceux qui demandent à être éclairé, et des conseillers pour ceux qui ont besoin de conseils.

Ainsi je commençai à m’intérresser à leur voie, bénéficiant d’eux, acceptant leur code de conduite, prenant plaisir à leur obéir. Je ne vois rien d’égal à eux, et je ne préfère rien à eux, et Allah me bénit avec un genre de connaissance dont la véracité me devint claire et dont j’ai vu la totalité. J’espère que le salut atteindra ceux qui l’accepte et l’adopte, et je suis certain que le support viendra à quiconque la pratiquera.
J’ai trouvé de la malhonnêteté en ceux qui s’opposent à cette voie, et la rouille s’est accumulée sur le cœur de quiconque l’ignore et la nie. J’ai découvert que la preuve suprême est avec celui qui la comprend et j’ai découvert que l’adopter et agir en s’y conformant est une obligation pour moi; ainsi j’y ai cru de tout cœur et l’ai gardé dans ma conscience et fait d’elle la fondation de ma religion, et j’y ai établi mes actions, et je suis passé à travers différents états d’expérience.

J’ai demandé à Allah de me donner l’abilité de Le remercier pour la Générosité qu’Il a répandu sur moi et de me donner la force de performer les tâches se rapportant à ce qu’Il m’a enseigné, sachant mes défauts et sachant que je ne pourrai pas Le remercier suffisamment.[64]

La Piété de L’Imam Ahmad devant Al-Mouhassibi

Voici le récit de la première fois que l’Imam Ahmad a entendu al-Mouhassibi parler directement, raconté par le hafiz al-khatib al-Baghdadi dans son Histoire de Bagdad:

Ahmad ibn Hanbal n’aimait pas les spéculations de al-Harith dans la science du calame de même que les livres qu’il éditait. Fréquemment, il mettait les gens en garde contre al-Harith. Mouhammad ibn Ahmad Yaqoub appris de Mouhammad ibn Nou`aym al-Dabbi: J’entendis l’Imam Abou Bakr Ahmad ibn Ishaq - al-Sibji - dire: J’entendis Isma`il ibn Ishaq al-Sarraj dire: «Ahmad ibn Hanbal me dit un jour: J’ai appris que ce Harith est souvent chez toi. Qu’en est-il si tu m’invitais et me plaçais quelque part où je pourrais l’entendre sans être vu?» Je répondis: «Certainement, O Abou `Abd Allah!» et j’étais content de ce premier pas de sa part. Je partis et je demandai à al-Harith de venir nous visiter cette même nuit comme ses compagnons y seront aussi. «O Isma`il, ils sont nombreux, par conséquent tu ne leur serviras que de l’huile et des dattes, et seulement ce que tu peux.» Je suivis ses intructions et je partis informer Abou `Abd Allah. Il vint après Maghrib, alla s’installer dans une petite chambre la-haut et commençai à réciter ses dévotions usuelles (wird). Al-Harith et ses compagnons arrivèrent, mangèrent, et se levèrent pour prier salat al-`icha, et ils ne prièrent pas après cela. Ensuite, ils s’asseillèrent silencieusement devant al-Harith et ne dit aucun mot jusqu’au milieu de la nuit. L’un d’eux alors posa une question à al-Harith et celui-ci commença à parler. Ses compagnons l’écoutèrent comme s’ils avaient peur d’effrayer un oiseau. Certains pleuraient. D’autres poussaient des petits sanglots au fur et mesure qu’il parlait. Je partis alors dans la chambre pour voir Abou `Abd Allah et le trouvai évanoui à force d’avoir pleuré. Je redescendis. Ils continuèrent ainsi jusqu’au matin où ils se levèrent et s’en allèrent. Je retournai là-haut voir Abou `Abd Allah. Il avait changé. Je lui demandai: «Que penses-tu maintenant de ces gens?» Il dit: «En ce qui me concerne, je n’ai jamais vu leur pareil, ni entendu sur la Science des Réalités (`ilm al-haqa`iq) des mots comme ceux prononcés par cet homme. Néanmoins, malgré ce que je viens de dire, je ne te vois pas en vérité apte à leur tenir compagnie. Ensuite il se leva et s’en alla.[65]

Al-Soubki expliqua la réaction ambigüe de l’Imam Ahmad de la façon suivante:

Considérons ce récit avec attention et sachons que Ahmad ibn Hanbal ne considérait pas sage pour cet homme (al-Sarraj) de joindre leur compagnie parce qu’il n’était pas l’un de ceux qui pourrait s’élever à leur niveau. En vérité, ils étaient sur un chemin difficile ; tous les gens ne peuvent pas entreprendre équitablement ce chemin qui fait peur. Autrement, Ahmad aurait-il pleuré et glorifier al-Harith de la manière dont il fait ses éloges?[66]

Quelqu’un pourrait soulever des objections:
Question. Al-Harith et ses compagnons ont prié salat al-`icha' pendant que Ahmad était présent. Pourquoi Ahmad n’a t-il pas joint la prière prescrite, sachant précisément que la position d’Ahmad était de joindre la prière du groupe celle-ci étant obligatoire?

Réponse. Ahmad était avec le groupe, mais à l’étage, séparé du groupe, précisément dans une chambre où il pourrait entendre - mais sans nécessairement voir al-Mouhassibi, comme le rapport le mentionne? Plus loin:

- Ce n’est pas affirmé dans le rapport qu’il n’a pas prié derrière lui.
- C’est possible qu’il ne fusse pas en ablution.
- C’est possible qu’ils aient retardé le temps de `Icha et qu’au moment où ils priaient, il avait déjà fini.

Le premier cas ci-dessus est le moindre qui peut être dit, et tous les cas ont tendance à dire: Il n’a pas délibérément prié derrière lui pour plusieurs raisons parmi lesquelles: on sait que `Oumar pria derrière al-Hajjaj ibn Youssouf al-Thaqafi qui était un tyran qui répendit le sang d’innocents; il est aussi su que Ibn `Oumar pria derrière les Gens d’Innovation dont les Khawarij. Il disait souvent que: «La prière est une excellente action (hassana) et cela m’est égal que quiconque y prenne part avec moi et quiconque dit: Hayya `ala al-Salat, je lui répond oui.» [67]

Dire que l’Imam Ahmad ne pria pas délibérement derrière al-Mouhassibi est équivalent à attribuer à l’Imam Ahmad l’un des points de vue suivant:

- Ou bien il considérait al-Mouhassibi pire que al-Hajjaj et les Kwararij, ce qui est absurde et impieux;
- Ou bien il laissa la pratique du Sahaba `Abd Allah ibn `Oumar, quoique le madhab Hanbali est en partie une revivication de celle-ci, et ceci n’est pas le cas.

Question. Pourquoi Ahmad mentionna-t-il `ilm al-haqa`iq (la science des réalités) qui est une terminoligie Soufie?

Réponse. L’Imam Ahmad acceptait la terminologie Soufie. Il n’y a plus rien à dire à ce sujet. Supposer que cela est peu probable est parfaitement acceptable, mais supposer que ceci est impossible est faux. Encore, la fin de l’argument est que le rapport est fiable selon le critère des maîtres de hadiths, ainsi laissons la spéculation dans la mesure où nous avons une évidence solide.

Q. Pourquoi al-Dhahabi n’acceptait-il pas l’authenticité du récit?

R. al-Dhahabi fit des commentaires ambigus dans son Mizan al-I’tidal au sujet du récit ci-dessus, mais il ne questionne pas l’authenticité de sa chaîne de transmission. Il l’authentifie mais y exprime de la mécréance[68]. Cependant, son rejet subjectif, quoique connaissant le sujet – sa biographie de l’Imam Ahmad est d’environ 300 pages – n’est pas crédible devant l’évidence.

Il est clair que Dhahabi admirait al-Mouhassibi car il l’appela «d’un haut niveau» dans son Siyar a`lam al-noubala':

L’Ascétique, le Connaisseur…Je dis: al-Mouhassibi est d’un haut rang, et il toucha brièvement à la théologie spéculative; par conséquent, il eut des reproches à ce niveau.[69]

Tous les maîtres Soufis sont des savants de la Sunna, autrement ils ne seraient pas qualifiés de maîtres Soufis. De l’autre côté, plusieurs grands savants qui ne sont pas des maîtres Soufis admiraient profondément ces gens et voyaient clairement qu’ils étaient du groupe des élus d’Allah ou des awliya. L’histoire et ces jours présents sont remplis d’innombrables Savants de l’Islam, des muftis de nations aux cheicks al-Ahzar, et des ministres de l’Education Islamique aux Présidents des Ligues de Savants Islamiques, qui ont vu et compris que ces maîtres Soufis pratiquaient mieux la Sunna que ceux qui mémorisaient seulement les lois de la Chari`a. Plusieurs maîtres Soufis ont atteind de hautes positions parmi les savants de l’Islam de leur temps.

Certains aujourd’hui sont enclin à utiliser le terme «conflit» entre ce qu’ils imaginent être maîtres de tassawwouf d’un côté et non-savants Soufis de l’autre. Ceci est une dichotomie artificielle qui n’existe pas en réalité dans la communauté du Prophète. Cependant, certains frères non informés ou mal intentionnés prennent quelques citations illustrant des différences parmi les savants en vue de désunir et de créer l’image de ce qu’ils appellent «une histoire de conflict».

En réalité, les savants représentant les Quatre Madhahib en Islam ont défendu ceux qui pratiquent le tassawwouf de la diffamation érigée contre eux en certaines parties du monde Islamique. Pourquoi alors encore aujourd’hui certains sont-ils en train de fouiller les livres de littérature Islamique essayant de raviver quelques insignifiantes issues déjà résolues et semer le doute dans les cœurs de nos frères au sujet des voies de l’Islam? Ils mentionnent par exemple la censure d’Ibn al-Jawzi de quelques excès dans Talbis Iblis comme si c’était une condamnation entière du tassawwouf, oubliant qu’il écrivit plusieurs pages et des livres entiers sur les premiers Soufis dont Rabi`a al-`Adawiyya et Ibrahim al-Adham; ou bien ils mentionnent le blâme de kalam de l’Imam Ahmad dans la méthode de Mouhassibi, oubliant qu’il admirait beaucoup les discours Soufis d’al-Mouhassibi; ou bien ils citent le rapport de al-Dhahabi sur la censure d’Abou Zour`a d’al-Mouhassibi et la lamentation de Dhahabi sur le niveau médiocre d’érudition de hadith dans les livres Soufis, oubliant que Dhahabi admirait al-Mouhassibi et exprimait le plus grand respect pour les Soufis.

Il est étrange que Dhahabi soit cité pour illustrer des points de vue anti-Soufis alors qu’il dit explicitement au sujet de l’un des Soufis qui fut le plus attaqué, Ibn al-Farid: «Ne vous empressez pas à le juger.» Ici est la remarque de Dhahabi sur Ibn al-Farid dans Mizan al-i`tidal:

Il rapporta des hadiths de al-Qassim ibn `Assair; il parla haut d’une union franche avec Allah dans sa poésie, et ceci est une grande calamité: par conséquent, examinez précieusement ses compositons et ne vous empressez pas de juger, au contraire, aillez la meilleure opinion des Soufis (hassin al-zanna bi al-soufiyya).[70]

Voici encore d’autres extaits et exemples des éloges des Soufis de Dhahabi, tirés de Siyar a`lam al-noubala':
[#506] al-`Abdin connu sous le nom de Qassim al-Jou`i (d.248): l’Imam, le modèle, le saint, le Mouhaddith…le cheick des Soufis et l’ami d’Ahmad ibn al-Hawari. Il est connu comme al-Jou`i.

… Je dis, les acsétiques (zouhhhad) de ce temps étaient al-Jou`i à Damas, al-Sari al-Saqati à Bagdad, Ahmad ibn Hard à Naysabour, Dhou al-Noun en Egypte, et Mouhammad ibn Aslam à Tus. Où sont les semblables à ces maîtres? Seulement la poussière remplira mes yeux, ou ce qui est sous la poussière!

[#969] Chihab al-Din al-Souhrawardi; le cheick, l’Imam, le savant, le zahid, le connaisseur, le Mouhaddith, le Cheick Al-Islam, le Hors-Pair des Soufis…

[#512] Je dis: si vous voyez le Soufi se consacrer au hadith, alors ayez confiance en lui, et si vous le voyez s’éloigner du hadith alors retirez-vous de lui…

Ceci est une louange indirecte à tous les Soufis, dans la mesure où aucun d’eux ne peut être que dévoué aux hadiths et s’y référant constamment. Ces lignes montrent que Dhahabi n’était en aucun cas contre le tassawwouf, au contraire, il protesta contre quelques éléments de quelques Soufis qu’il ne voyait pas être dans sa ligne de compréhension de la Sunna. Il ne considéra pas la différence entre les adhérents et simples prétendants au tassawwouf, quoiqu’il le mentionna ailleurs .

Les Maîtres Soufis de Hadiths de Dhahabi

Les Soufis parmi les maîtres de hadiths de Dhahabi sont trop nombreux pour être cités. Ci-dessous quelques noms comme cela est énuméré par Dhahabi lui-même dans son Mou`jam shouyoukal-Dhahabi ou «l’abrégé des cheicks (de hadiths) de Dhahabi»:

· Ahmad ibn Abou al-Ma`ali al-Abarqouhi (d.701), qui dit au cours de sa dernière maladie lorsqu’il était à la Mecque: «Je mourrai de cette maladie parce que le Prophète m’a promis que je mourrais à Mecque.»[71]

· Ahmad ibn `Abd Allah al-Qadi Chouqayr (d.715), le Soufi Hariri.[72]
· Ahmad ibn `Abd Allah al-Rahman al-Chahrazouri al-Soufi al-Qadiri (d.701).[73]
· Ahmad ibn `Abd al-Moun`im Roukn al-Din Abou al-`Abbas al-Qazwini al-Tawoussi al-Soufi (d.704.).[74]
· Ahmad ibn `Ali al-Qadi al-Jayli al-Dimaschqi al-Soufi (d.724).[75]
· Ahmad ibn Mouhammad Najm al-Din Abou al-`Abbas ibn Sasra (d.723), le chef juge Chafi`i (qadi al-qoudat) et le chef des enseignants religieux (cheick al-chouyouck) à Damas. Il désapprouva Ibn Taymiyya et présida à son jugement à Damas en 705.[76]
· «Mon ami» Charaf al-Din Ahmad ibn Nasr Allah al-Faqih al-Soufi (d.730), de la Khaniqa al-Tawawis.[77]
· al-Cheick Abou Ichaq Ibrahim ibn Barakat al-Ba`albaki, connu comme Ibn al-Qourachiyya (d.740): «L’un des remarqables fouqara' Qadiri, un homme de religion, de clarté, de perfection, aimable, et de rare bénéfice.»[78]
· al-Cheick Abou Ichaq Ibrahim ibn Dawoud al-Hakkari al-Kourdi al-Mouqri' al-Soufi al-Zahid (d.712), le père de Chams al-Din et d’`Imad al-Din.[79]
· Le leader et Cheick Sadr al-Din Abou al-Majami' Ibrahim ibn Mouhammad al-Jouwayni al-Khourassani al-Soufi al-Mouhaddith (d.720). Dhahabi rapporta que le gouverneur Mongol Ghazan Khan accepta de devenir Musulman par lui. Il ajouta: «Il était extrêmement respecté par les Soufis à cause du niveau spirituel de son père Sa`d al-Din ibn Hammouwayh (ou Hamawayh).»[80] Sa`d al-Din (d.678) fut cheick al-chouyoukh à Damas.[81]
· «Mon cheick» Ibrahim ibn Mounir al-Ba`albaki al-`Abid al-Zahid al-Sayyah (d.725).[82]
· Ichaq ibn Ibrahim Mouzaffar al-Misri al-Waziri al-Mouqri' al-Mou`addid al-Soufi (d.719), l’enseignant des orphelins.[83]
· Aqouch Abou Mouhammad Houssam al-Din al-qoutbi al-Younini (d.720), «il était l’un des Soufis d’al-Assadiyya, il était pieux et récitait beaucoup le Coran.»[84]
· «Mon compagnon» `Izz al-Din al-Hassan ibn Ahmad al-Irbili le medecin (d.726), «il était l’un des Soufis de Douwayrat Hamd.»[85]
· Houssayn ibn Moubarak al-Mawsili al-Soufi (d.742). «Il était un homme de bonté et pieux. Il rédigea plusieurs livres de savoir et des livres au sujet de la Sunna, et il resta en compagnie des fouqara'.»[86]
· Abou Sa`d al-Khidr `Abd Allah al-Jouwayni al-Dimachqi al-Soufi (d.674). «Il était le cheick de la khaniqa soumayssatina… Il rédigea un livre d’histoire en deux volumes rempli de bienfaits et de merveilles.»[87]
· Oumm Mouhammad Zaynab bint `Ali al-Wassiti (d.695). «Une femme versée dans la servitude, dans le jeûne, forte, humble, honorable. Son frère l’Imam Taqi al-Din ibn al-Wassiti avait l’habitude de la visiter pour bénéficier de sa bénédiction (yaqsoud ziyarataha wa al-tabarrouk biha).»[88]
· Zayn al-`Rab bint `Abd al-Rahman al-Dimachqiyya al-Soulamiyya (d.704). Elle était la cheicka de la ribat à al-Kharimiyyin.[89]
· Abou `Ali Souwanj ibn Mouhammad al-Tourkoumani al-Dimachqi al-Faqir (d.694).[90]
· Abou al-Barakat Cha`ban ibn Abi Bakr al-Irbili al-Soufi al-Qadiri al-Zahiri al-Zahid (d.711). «Il était un homme de bonté, de clairvoyance, modeste, raffiné, qui n’a ni lu ni écrit.»[91]
· Abou Ghanim Zafir ibn Ja`far al-Soulami al-Dimachqi (d.615). «Il était l’un des fouqara' du mouqsoura (tombeau de saints) des Halabiyyin.»[92]
· Charaf al-Din `Abou Mouhammad Abd Allah ibn `Abd al-Halim ibn Taymiyya al-Harrani al-Hanbali (d.727). «Frugal dans son manger et dans son habillement, doté de plusieurs qualités, il avait l’habitude de faire des reproches à son frère sur certaines choses (Taqi al-Din Ibn Taymiyya) qu’il considéra blâmables de sa part.»[93]
· Ibn Abou Nasr `Abd Allah ibn Nasr ibn `Abd al-Razzaq ibn al-Cheick `Abd al-Qadir al-Jili (c’est-à-dire al-Gilani) al-Hanbali al-faqih al-Soufi (d.708).[94]
· Abou al-Majd `Abd al-Rahman ibn al-Mouhaddith Abi `Abd Allah al-Isfarayini al-Dimachqi al-Chafi`i (d.701). «Il était le cheick de la khaniqa chihabiyya.»[95]
· Zayn al-Din `Abd al-Rahman ibn mouhammad al-Zahid, Khatib Yalda (712). «Il était perspicace, saint, honorable, et restait en retraite pour éviter les gens.»[96]
· Abou al-Qassim `Abd al-Samad ibn Qadi al-Qoudat `Abd al-Karim al-Harastani al-Dimachqi al-Chafi`i (d.694). «Il apprit le fiqh et fréquenta les écoles, puis il devint un ascétique… Les gens le vénéraient et des miracles sont rapportés à son sujet. J’ai appris que mon cheick Zayn al-Din al-Fariqi mentionna qu’Ibn al-Harastani lui parla de la chute des Tartares avant qu’elle eût lieu en 680.»[97]
· `Izz al-Din `Abd al-`Izz ibn `Oumar al-Hamawi al-Ghassani al-Soufi (d.720).[98]
· Abou Mouhammad `Abd al-Ghaffar ibn Mouhammad al-Maqdissi al-Soufi (d.circa 700).[99]
· Abou Nasr `Abd al-Latif ibn Nasr al-Cheicki al-Soufi al-Halabi (d.697). «Il était cheick al-chouyouk à Aleppo.»[100]
· Najm al-Din `Abd al-Malik ibn `Abd al-Qahir Ibn `Abd al-Ghani Ibn Taymiyya al-Harrani al-Chahid al-Soufi (d.720).[101]
· Abou `Amr `Outhman ibn Abi Bakr al-Faqir al-Salih (Né en 674). «Un réciteur de Coran, il est érudit et est un homme de bonté, de décence, solitaire en dehors des gens. Je suis resté en sa compagnie depuis mon enfance.»[102]
· «L’Unique Leader, le Connaisseur et Savant de Hadith», Abou `Abd Allah Najm al-Din `Ali ibn Mouhammad al-Azli al-Hilali al-Dimaschqi al-Chafi`i (d.729). «Il avait l’habitude de raconter des récits bénéfiques, et il garda une excellente estime pour les saints – qu’Allah le compte ainsi que moi parmi eux.»[103]
· Abou Hafs `Oumar ibn Abi al-Qassim al-Younini al-Salawi al-Soufi (d.707). «Il resta en compagnie des fouqara'.»[104]
· Oumm Mouhammad `Aïcha Bint Rizq Allah al-Biladiyya al-Maqdissiyya (d.711). «Elle était l’une des femmes dévotes qui pleurait beaucoup, exhibait l’humilité, et tenait fermement à la récitation des dévotions (awrad).»[105]
· al-Foulk al-Soufi, `Ali ibn al-Foulk al-`Alawi al-Hassani al-Wassiti al-Mou`ammar (né en 600).[106]
· «Le faqih et le connaisseur» Abou al-Qassim al-Fadl ibn `Issa al-`Ajlouni al-Hanbali al-Masmari (d.735). «Il était de haute stature et portait un large turban et des tenues imposantes. Il était un bon interprète de rêves. Les gens le vénéraient comme un saint.»[107]
· Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Ahmad al-Maqdissi al-Salihi (d.705). «Il était connu sous le nom de Chamlaj al-Faqir.»[108]
· Mouhammad ibn Ahmad al-Mawsili al-Salihi al-Faqir (d.723). «Il était clairvoyant, menait une vie simple, un homme de décence et de bonté.»[109]
· Diya' al-Din Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Ahmad al-Faqir (d.713).[110]
· al-Imam al-khayyir Chams al-Din Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Ahmad al-Khallati al-Chafi`i al-Soufi (d.706).[111]
· Abou `Abd Allah mouhammad ibn Jawhar al-Mouqri' al-Moujawwid al-Tala`fazi al-Soufi al-Moulaqqan (d.696).[112]
· «L’Imam, le Juge, l’Exégète, le Savant, l’Ascétique» Jamal al-Din Mouhammad ibn Soulayman al-Naqih al-Balkhi al-Dimaschqi al-Hanafi (d.698). «Il compila un très long commentaire du Coran en quatre-vingt-dix- neuf volumes dans lesquels il figura les lectures Coraniques, les contextes de la révélation, les explications linguistiques, les dires des exégètes, ceux des Soufis, et leurs haqa`iq (réalités spirituelles).»[113]
· Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Soulayman al-Faqih al-Chafi`i (d.699). «Il était celui qui prenait soin de la tombe d’al-Sayyida Nafissa (la plus grande femme sainte d’Egypte).»[114]
· Abou `Abd Allah Mouhammad ibn `Abd Allah ibn al-Saqil al-Harrani (d.713). «Il était l’un des fouqara' de la ribat d’Ibn al-Askaf.»[115]
· «Le brillant savant et le spécialiste d’oussoul» Safi al-Din Mouhammad ibn `Abd al-Rahim al-Hindi al-Chafi`i (d.715). «Il était versé en prière, en adoration, en tassawwouf et d’une excellente croyance.»[116] Il témoigna contre Ibn Taymiyya au jugement de ce dernier à Damas.»[117]
· «Qadi al-qoudat, le Paragon de l’Islam, le porteur-standard de la Sunna, mon cheick» Jamal al-Din Abou al-Ma`ali Mouhammad ibn `Ali al-Anssari al-Zamalkani al-Dimaschqi al-Chafi`i (d.727).[118] Il remplaça Safi al-Din al-Hindi dans le jugement contre Ibn Taymiyya, contre lequel il rédigea par la suite une réfutation de sa position sur le divorce et de ses points de vue sur la Visitation du Prophète (al-ziyara).[119]
· Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Mouhammad al-Mouhaddith al-Zahid al-Kikhi al-Soufi (d.684).[120]
· «Le vertueux de la bonté, l’Imam, le Connaisseur, le Mouhaddith» Abou `Abd Allah Badr al-din Mouhammad ibn Mas`oud Ibn al-Touwwazi al-Halabi al-Chafi`i (d.705). «Il était le Cheick de Hims et l’adjoint au juge ainsi que le Cheick de la Khaniqa.»[121]
· «L’Imam, le Réciteur, le Perfecteur, le Résidu des Salaf» Mouwaffaq al-Din Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Abi al-`Ala' al-Rabbani al-Nassibi al-Chafi`i al-Soufi (d.695). «Le cheick des Soufis et des fouqara' à Ba`albak.[122]
· «L’Orateur, l’Ascétique, la Bénédiction de l’Humanité» Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Abi al-Fadl al-Ja`bari al-Soufi (d.713). «L’Imam du Masjid al-Halabiyyin au Caire.»[123]
· al-Cheick al-Imam al-Moufti al-Zahid al-`Arif Zahir al-Din Abou al-Mahmid Mahmoud ibn `Oubayd Allah al-Zanjani al-Chafii al-Soufi (d.673). «Il tena compagnie avec Cheick Chihab al-Din al-Souhrawardi et apprit de lui `Awarif al-ma`arif, et d’`Abd al-Salam al-Dahiri il apprit l’œuvre al-Louma' d’Abou Nasr al-Sarraj.»[124]
· «L’Imam, le Mouhaddith de confiance, le Connaisseur, le Linguiste, l’Ascétique» Safi al-Din Abou al-Thana' Mahmoud ibn Abi Bakr al-Tannoukhi al-Armouwi al-Chami al-Chafi`i al-Soufi (d.723).[125]
· al-Alim al-Zahid Taqi al-Din Abou Bakr ibn Charaf al-Salihi Nazil Hims (d.728). «Il était un moutassawwif, avait l’éloquence, la noblesse, une connaissance intime des questions en main, et une large portion d’excellentes qualités.»[126]
· Abou Bakr ibn Sanjar al-`Ala'i al-Chayzari al-Soufi (pas de date).[127]
Plusieurs des maître de hadiths que Dhahabi cite dans son Tadhkirat al-houffaz sont Soufis:[128]
· Abou `Abd Allah Mouhammad Ibn al-Banna' al-Soufi
· Abou al-Hassan b. Jahdam al-Soufi
· Abou al-Houssayn al-Baghdadi Ahmad b. al-Hassan b. `Abd al-Jabbar al-Soufi al-Hakim
· Abou Mouhammad `Abd al-`Aziz b. Ahmad Ibn Mouhammad b. `Ali al-Tamimi al-Dimachqi al-Soufi al-Wahchi
· Abou Mouhammad al-Andalousi al-maghrib al-Qafassi al-Soufi
· Abou Sa'd Ahmad b. Mouhammad b. Ahmad b; Abdillah b. Hafs al-Anssari al-harawi al-Malini al-Soufi
· Abou Sa`id Ahmad b. Mouhammad b. Ziyad b. Bichr b. Dirham al-Basri al-Soufi
· Abou Ya`qoub Youssouf b. Ahmad b. Ibrahim al-Soufi
· Ahmad b. `Abd Allah b. Ahmad b. Ishaq b. Moussa b. Mahran al-Mihrani al-Isbahani
· al-Soufi al-Ahwal sibt al-Zahid Mouhammad b. Youssouf al-Banna' al-Talamanki
· al-Hafiz Abou Hafs al-Soukkari Ahmad b. al-Hassan al-Soufi
· Ishaq b. Balkouyah al-Soufi
· Isma`il b. Sa`d al-Soufi
· Mouhammad b. al-Houssayn b. Mouhammad b. Moussa al-Nissabouri al-Soufi al-Azdi
· Zaynouddin Abou al-Fath Mouhammad b. Ahmad b. Abi Bakr al-Abyourdi al-Soufi al-Chafi`i al-Is`irdi

En conclusion le supposé conflit entre les savants de hadiths d’un côté et les Soufis de l’autre est une fabrication intentionnelle en vue d’inspirer la division parmi certains membres de la Communauté. Les détracteurs rassemblent quelques dires qui soulèvent l’incertitude et le doute au sujet du tassawwouf, omettant de mentionner que de telles critiques tombent sous la rubrique de l’exception. La règle est que le tassawwouf est l’indication d’un niveau spirituel qui n’amène rien d’autre que de l’honneur à celui qui l’endosse, parmi eux l’Imam Ahmad, Dhahabi, Sakhawi, Souyouti, al-`Izz ibn `Abd al-Salam, al-Qari, al-Nawawi, et les autres Imams de hadiths l’ont attesté. Ceci est le cas même pour Ibn Taymiyya qui se considérait capable de définir le tassawwouf en profondeur, et se félicitait d’avoir pris la tariqa Qadiri, même s’il prit des inclinations anti-Soufies qui firent surfaces dans ses attaques contre ibn `Arabi et autres. Permettez-nous d’avertir nos frères et sœurs qu’en regardant les désaccords des grands savants sans un œil critique, nous invitons à la confusion. Al-Soubki avertit:

Prenez garde d'écouter ce qui s’est passé entre Abou Hanifa et Soufyan al-Thawri, ou entre Malik et ibn Abi Dhi'b, ou entre Ahmad ibn Salih et al-Nissa`i, ou entre Ahmad ibn Hanbal et al-Harith al-Mouhassibi (et autres dans les temps ultérieurs). Si vous êtes affairés avec cela, je crains la mort pour vous. Ceux-là sont les notables en religion et leurs paroles ont plusieurs explications que certains ont peut-être mal compris. En ce qui nous concerne, nous n’avons rien d’autre qu’à approuver ce qu’ils ont dit et de ne rien dire concernant ce qui a eu lieu entre eux, comme ce qui s’est passé entre les Compagnons, qu’Allah soit satisfait d’eux… O toi qui cherche à être guidé! Consacre-toi à la voie des bonnes manières avec les maîtres passés, évite de creuser dans leurs divergences sauf ce qui est le produit d’une claire démonstration. Si vous êtes capable d’y appliquer une bonne interprétation faites-le, dans le cas contraire, laissez ce qui eut lieu entre eux, et préoccupez-vous de ce qui vous concerne, et laissez ce qui ne vous concerne pas![129]

al-Qassim ibn `Outhman al-Joui`i (d.248)

L’un des grands saints de Damas qui étudia le hadith sous Soufyan ibn `Ouyayna. Ibn al-Jawzi rapporte dans Sifat al-safwa que al-Jou`i expliqua qu’il reçu le nom al-Jou`i (de la faim) parce qu’Allah l’a guéri contre la faim du corps au moyen de la faim spirituelle. Il dit:

Même si j’étais laissé un mois sans nourriture, je n’étais pas gêné. O Allah, tu as fait ceci avec moi: Cependant, complète le pour moi![130]

Al-Dhahabi écrit à propos de lui dans Siyar a`lam al-noubala':

[#506] al-`Abdi, connu sous le nom de Qassim al-Jou`i: L’Imam, le modèle, le saint, le Mouhaddith… le cheick des Soufis et l’ami d’Ahmad ibn al-Hawari. (al-Imam al-qoudwa al-wali al-mouhaddith Abou `Abd Al-Malik Al-Qassim ibn `Outhman al-`Abdi-Dimaqshqi, Cheick as-soufiyya wa rafiq Ahmad ibn al-Hawari, `Ourifa bi al-Jou`i).

Ibn al-Jawzi aussi rapporte qu’Ibn Abou Hatim al-Razi dit:

J’entrai à Damas pour voir les reporteurs de hadiths et je passai par le cercle de Qassim al-Jou`i et je vis une immense foule assise autour de lui. Je m’approchai et je l’entendis dire:

Faites cinq choses dans votre vie, sans les autres:

-Si vous êtes présent parmi les gens, ne soyez pas connu;
-Si vous êtes absent, que l‘on ne vous manque pas;
-Si vous connaissez quelque chose, votre conseil n’est pas recherché;
-Si vous dites quelque chose, votre parole est rejetée;
-Si vous faites quelque chose, n’en recevez pas d’honneur;

Je vous conseille de même cinq autres choses:

-Si du tort vous est fait, ne rendez pas la pareille;
-Si des éloges vous sont faites, ne soyez pas heureux;
-Si vous êtes blâmez, ne soyez pas éperdu;
-Si vous êtes appelé menteur, ne vous mettez pas en colère;
-Si vous êtes trahi, ne trahissez pas en retour.

Ibn Abou Hatim dit: «Je fis de ces mots tout le bénéfice de ma visite à Damas.»[131]


L’Imam al-Jounayd al-Baghdadi (d.297)

L’Imam du monde de son temps, al-Jounatd al-Baghdadi, dit en définissant un Soufi:

al-soufi man labissa al-soufa `ala al-safa
wa ittaba`a tariq al-moustafa
wa qthaqa al-jassada ta`m al-jafa
wa kanat al-dunya minhou `ala qafa.

Le Soufi est celui qui porte de la laine au-dessus de la pureté, suit le chemin du Prophète, endure les peines corporelles, dédit sa vie à l’adoration et se retire des plaisirs et abandonne tout ce qui à rapport au monde.[132]

Le texte du livre Kitab dawa' al-arwah (Livre du remède des âmes) d’al-Jounayd fut édité en arabe et traduit en anglais par le savant A.J.Arberry.[133]

al-Hakim al-Tirmidhi (d.320)

Abou `Abd Allah Mouhammad ibn `Ali al-Hakim al-Tirmidhi al-Hanafi, un faqih et un mouhaddith de Khorasssan et l’un des grands auteurs de tassawwouf que Ibn `Arabi cite particulièrement. Il rédigea plusieurs volumes parmi lesquels les suivants ont été publiés:

· al-Massq`il am-makanouna: Les affaires dissimulées;
· Adab al-nafs: La discipline de l’égo;
· Adab al-mouridin: Léthique des chercheurs d’Allah, ou l'éthique des disciples Soufis;
· al-amthal min al-kitab wa al-sunna: Les exemples du Coran et de la Sunna;
· Asrar moujahadat al-nafs: Les secrets du combat contre l’égo;
· `Ilm al-awliya': La connaissance des saints;
· Khatm al-awliya': Le sceau de la sainteté;
· Chifa' al-`ilal: La guérison des défauts;
· Kitab manazil al-`ibad min al-`ibadah, aw, Manazil al-qassidin ila Allah: Le livre des positions des adorateurs en relation à l’adoration, ou Les positions des voyageurs vers Allah;
· Kitab ma`rifat al-asrar: Le Livre de la connaissance des secrets;
· Kitab al-A`da' wa-alnafs; wa al-‘aql wa al-hawa: Le livre des ennemis, l’égo, l’esprit, et les vains désirs;
· al-Manhiyyat: Les interdits;
· Nawadir al-ousoul fi ma`rifat ahadith al-Rassoul: Les sources rares de la religion concernant la connaissance et les dires des Prophètes;
· Taba`i al-noufous: wa-houwa al-kitab al-moussamma bi al-akyas wa al-moughtarrin: Les différents caractères des âmes, ou Le livre des intelligents et des leurrés;
· al-Kalam `ala ma`na la ilaha illa Allah: Débat sur la signification de “Il n’y a de Dieu que Dieu.»

L’extrait suivant est une une reproduction des deux premiers chapitres de son Adab al-mouridin ou «L’éthique des disciples Soufis»:

I. Concernant le Mourid (l’aspirant) et Ce qui L’aide ou Ce qui lui fait du tort dans Son Trajet vers Allah le Plus Exalté, et Ce Que Doit être Son Premier Pas.

Il y a deux types de mourids: Ceux qui cherchent la grâce d’Allah en L’adorant, exécutant Ses commandes et évitant Ses interdits, ensuite se dévouant à performer des actes volontaires aussi nombreux qu’ils le peuvent, et cherchant à travers le salut à éviter le feu de l’enfer et parvenir à atteindre les récompenses qu’Il a préparées pour Ses fidèles.

D’autres approchent Allah en adoration, exécutant ses commandes et évitant Ses interdits, ensuite examinent leur moi interne trouvent plusieurs maladies dans leur coeur, comme l’amour pour le monde, le désir pour le pouvoir, l’honneur, la grandeur, l’avidité, le fourneau des appétits (chahawat), le bavardage au sujet des vains désirs (hawa), l’ambition, l’envie, l’amour des éloges et des compliments – tous des liens mondains aveuglant le cœur.

Un tel cœur portant ces teintes ne peut jamais trouver le chemin vers Allah, car aimant ce monde il se sépare de Son Seigneur. Il aime quelque chose qu’Allah a éloigné de lui-même et méprisé. Demander la grandeur, c’est se comparer à Allah Le Plus-Haut; dans le fourneau des désirs l’on fait face aux plus grandes séductions; et dans le bavardage des passions vaines repose la tyranie en elle-même et l’horreur de respecter les droits d’Allah, Le Seigneur de La Puissance et de la Majesté. Le cœur est voilé de la sagesse et de la compréhension du comment Allah dispose de Ses affaires.

Une telle personne est prisonnière de son égo (assir an-nafs). Elle performe les obligations alors qu’elle est attachée au monde, elle évite les interdits pendant qu’elle est attachée au monde, et elle adore généralement Allah selon sa propre commodité. Ceci est un serviteur qui doit chercher la sincérité en toute chose, en toute action, à tout moment et travailler sur son égo.

Celui ou celle qui désire la récompense d’Allah le Plus Haut, doit prendre la peine de demander la sincérité en son coeur jusqu’à ce que la porte lui soit ouverte. Lorsque la porte est ouverte et que le cadeau est offert, à ce moment le coût de son voyage lui sera remboursé en totalité. Il sera fortifié et continuera sur sa voie, et plus loin il ira, plus le cadeau s’accroîtra pour lui et il ira plus loin. Ceci ne s’arrête pas jusqu’à ce qu’il atteigne Allah à travers son cœur (hatta yassil ilallah qalban). A ce moment, Allah l’appointe selon son degré et il devient un Ami d’Allah (wali Allah). Il a gardé son cœur calme en présence d’Allah donc il a reçu sa nomination. De ce point, il continue de travailler avec un cœur solidifié par la force d’Allah et riche avec la profusion d’Allah, avec un égo irréprochable de péchés et de démons. Il s’est séparé des voies des passions vaines et de la poursuite de l’honneur et il s’est purifié.

Nous avons traité de ces sujets dans deux livres, «Le dressage de l’égo» (Riyadat al-nafs) et «La pratique des Saints» (Sirat al-awliya'), dans lesquels s’y trouve par la permission d’Allah, des remèdes pour tous ceux qui aspirent à la connaissance dans cette matière.

II. Concernant le Bien-Etre du cœur et ses Remèdes, et la Corruption du Cœur et ses maux.

Le bien-être du cœur réside dans la tristesse et l’anxiété, et le remède est le permanent souvenir (dhikr) d’Allah Le Plus Haut. La corruption du cœur provient de la joie du monde et du contentement dans les états (ahwal) de l’égo, et sa maladie est le refus du souvenir d’Allah et de s’adonner à tout ce qui distrait de ce souvenir.

La joie est pour l’égo ce qu’est l’eau pour le poisson. Le domaine de vie du poisson est dans l’eau, s’il reste en surface en dehors de l’eau, il ne pourra pas vivre. Similairement, si l’égo est restreint des joies de ce monde, il se fanera et deviendra faible, son pouvoir décroîtra, ses activités diminueront et prendront fin – car la tristesse tue sa vie – jusqu’à ce que le coeur se débarrasse de tout ce que y avait pris place auparavant et des impuretés qui en sont résultées.

Lorsque le cœur atteind Allah Le plus Exalté, Il lui donne vie. Lorsqu’Il lui donne vie, l’égo expérimente cette vie avec La Lumière d’Allah Le Plus Haut. Auparavant le cœur était mort avec le plaisir et les joies de l’égo: lorsque l’individu apprivoise l’égo et lui interdit ses joies, son Seigneur le remercie parce qu’il a mené un combat pour Allah avec toutes ses forces, et Allah a guidé son chemin comme Il l’a promis dans Sa révélation quand Il dit: «Ceux qui ont combattu pour Notre cause, Nous les guidons à Nos Voies» (29:69).

Quand la porte lui est ouverte, il continue avec son coeur sur la voie d’Allah Le Puissant et Majesté. Ensuite, vient le cadeau qui lui repaie le coût de son voyage jusqu’à Allah, qui le revivifie dans Sa proximité avec Sa Lumière, alors il devient l’un de ceux qui se sont Approchés (mouqarrabin). A ce point, il obtient la joie en Allah après avoir mis fin aux plaisirs du monde de l’égo et de ses différents états. Il a obtenu l’éminence auprès d’Allah, le Puissant et Majesté.

Quant à celui qui met fin au souvenir d’Allah, son cœur s’endurci, parce que le souvenir contient de la miséricorde de la part d’Allah Le Plus Haut, qu’Il a promis à Ses serviteurs dans Sa révélation lorsqu’Il dit: «Souvenez-vous de Moi et Je Me souviendrai de vous» (2:152). Lorsque la miséricorde arrive, le cœur devient léger et s’adoucit; alors le feu de l’égo s’éteind du fait d’avoir été attiré par la miséricorde qui apparait dans le cœur. Le cœur perd sa rudesse, sa grossièreté et sa brutalité.

Maintenant le cœur et l’égo sont partenaires dans ce corps. La force du cœur réside dans le gnostique ou la connaissance interne (ma`rifa), la raison (`aql), la connaissance externe (`ilm), la compréhension (fahm), l’intellect (dhihm), l’intelligence (fitna), la mémoire (hafz), et la vie en Allah. La joie en ces choses motive le coeur, le renforce et lui donne vie.

La force de l’égo provient de la joie, des plaisirs matériels, la gratification sexuelle, l’honneur, le pouvoir, les hauts rangs, et la satisfaction de tout appétit affamé. La joie en ces choses motive l’égo et le renforce. Tous ceux-ci sont les soldats des passions vaines, parce que les passions vaines gouvernent l’égo. Ce qui dirige le cœur est la connaissance interne, et les autres choses que nous avons mentionnées sont ses soldats.

Lorsque l’égo prospère et que ses joies se développent, l’égo étouffe le cœur. A cet instant, la vie du cœur cesse, ensemble avec les éléments avec lesquels il vit. Mais, lorsque ses plaisirs et contentements sexuels lui sont interdits, il perd sa force et relâche ses griffes, et au même moment l’anxiété et les remords s’accumulent et le rabaissent. Ainsi, à travers les anxiétés causées par le refus et l’abstinence, l’égo perd sa force, et le cœur gagne du pouvoir à travers les éléments déjà mentionnés.

La joie du cœur en Allah devient manifeste, et ceci est la raison pour laquelle Allah dit: «Dis: ceci provient de la grâce d’Allah et de Sa Miséricorde; Voilà de quoi ils devraient se réjouir. C’est mieux que tout ce qu’ils amassent» (10:58). Il est rapporté du Prophète, que la paix et la bénédiction d’Allah soit sur lui, dit:

L’égo de l’être humain est un feu violent comme celui au sommet d’un vieux volcan, sauf pour ceux dont Allah examine les cœurs pour la piété (taqwa) et ils sont peu nombreux.[134]

Il est rapporté d’Anas b. Malik, qu’Allah soit satisfait de lui, que le Prophète a dit:

"Même lorsque les êtres humains deviennent âgés et ont les cheveux blancs, deux choses restent rajeunies en eux: l’avidité pour l’argent et le désir pour la vie."[135]

Le Prophète par conséquent nous exhorte à nous souvenir de la mort comme il dit:

"Souvenez-vous de celui qui détruit les plaisirs. Se souvenir (d’Allah) amoindrit son pouvoir; se souvenir rarement renforce son pouvoir."[136]

Ce hadith rapporté avec une chaîne d’autorité par Abou Hourayra. Le sens de ceci, est que lorsque tu te rappelles de la mort, tu réalises que ton tout est de ne rien posséder, et qu’à la fin, tu te diriges vers l'extinction. Si tu te rappelles de ceci, la mort devient une chose facile pour toi, et si tu te rappelles du premier, tu réalises que le peu que l’on a dans ce monde est assez. Car l’on ne sait pas le temps et l’instant auquel soudainement la mort nous confrontera. Ainsi donc la mort est «le destructeur des joies.» Se rappeler de ses destructions enlèvera les fausses joies et les remplacera avec l’abattement et la tristesse.

Il t’est maintenant clair qu’il y a deux sortes de joie: la joie du cœur en Allah, en Sa Bonté, dans Sa Miséricorde, et la joie de l’égo dans le plaisir et les merveilles. Quiconque désire sincèrement atteindre Allah Le Plus Haut doit faire attention aux plaisirs de son égo, tant en matière religieuse que mondaine. Il doit ensuite lui interdire un tel plaisir jusqu’à ce qu’il s’affaiblisse et meurt (son égo) de chagrin dans sa poitrine.

Car lorsque l’on interdit à son égo la réjouissance des plaisirs mondains et à l’opposé on le satisfait avec la réjouissance de la religion, à titre d’exemple les bonnes œuvres et les dévotions, l’égo aura toujours de la satisfaction, et partant de là il reste en vie. La raison est que les passions d’une telle personne continuent d’ête une partie de chacune de ses bonnes actions. Malgré tous ses efforts, elle demeure une personne confuse et impie. Si elle renonce à ses efforts, ses teintes resteront sûrement avec lui, et il n’atteindra jamais Allah Le Plus Haut à travers ses erreurs et ses passions vaines. Cela est la raison pour laquelle Allah dit: «Luttez pour Allah jusqu’à votre exrême pouvoir» (22:78). Le «pouvoir extrême» signifie l’irradiation de tout plaisir de l’égo que se soit en matière religieuse ou mondaine. Dans la mesure où l’on a du plaisir dans toute bonne œuvre, et puisque la passion reste une composante de chacune d’elle, il est clair que de telles actions ne sont pas purement pour l’amour d’Allah. Il devient alors une obligation de se tourner vers d’autres actions qui excluront les plaisirs de l’égo.

Si l’un effectue cela avec sa force extrême et toute sa capacité, Allah Le Plus Haut le remerciera dans ce monde et celui qu’Allah remercie, Allah lui ouvre le cœur à Sa Lumière. Lorsque cette lumière s’élève dans la poitrine, l’égo trouve dans un tel présent tout ce qu’il ne pouvait pas avoir auparavant, c’est-à-dire les distractions, les plaisirs et les joies de ce bas-monde.

Ensuite, se présente la nécessité de contrôler l’égo, de peur qu’il commence à dériver de ces présents un plaisir qui piègera et tuera celui à qui de droit. Car l’ego trouve du plaisir dans les présents d’Allah, il prospère et se délecte de joie après avoir été fané et négligé, et c’est en cela que réside le plus grand danger. Voici où sont les cœurs de la majorité des aspirants dans la voie d’Allah. Ils ont été des proies à la traîtrise de l’égo. Ce chapitre contient en bref les réponses à plusieurs milliers de questions qui sont toutes des parties et corollaires à celle-ci.[137]

L’Imam Abou Mansour `Abd al-Qahir al-Baghdadi (d.429)

L’un de ceux qui possèdaient la connaissance couvrant les divers vues et croyances des groupes des musulmans et non-musulmans, il écrit dans son Farq bayn al-firaq:

Sachez que Ahl al-Sunna wa al-jama’a est divisé en huit groupes de gens… le sixième groupe étant les Soufis Ascétiques (al-zouhhad al-soufiyya), qui ont vue des choses pour ce qu’elles sont et malgré tout s’en sont abstenus, qui ont connu par expérience et cependant sont fidèlement prudents, qui ont accepté ce qu’Allah leur a assigné et se contentent avec ce qui est à leur portée.

Ils ont compris qu’entendre, voir, et penser est compté pour leurs bonnes et mauvaises actions et sont sujet à une estimation du poids d’un atome. En conséquence, ils se sont sécurisés avec la meilleure sécurité en préparation pour le Jour du retour. Leurs discours ont parcouru les deux voies des préceptes et allusions subtiles à la manière des Gens de Hadith mais sans la poursuite de discours futils. Ils ne cherchent ni à se faire voir dans la pratique des bonnes actions ni dans l’abandon des bonnes actions par timidité. Leur religion est la déclaration de la ténacité et le désavouement de la similitude. Leur école est l’engagement dans les devoirs d’Allah, dépendre de Lui, la soumission à Ses ordres, la satisfaction avec ce qu’ils ont reçu de Lui, et référer toute leur objection à Lui. «Telle est la grâce d’Allah, Il la donne à qui Il veut. Et Allah est le Détenteur de l’énorme grâce» (57:21).[138]

L’Imam `Abd al-Qadir al-Baghdadi écrit dans Oussoul al-Din:

Le livre Tarikh al-soufiyya (L’histoire des Soufis, plus connu sous le nom de Tabaqat al-soufiyya ou le niveau des Soufis) par Abou `Abd al-Rahman Soulami comprend la biographie d’à peu près mille cheicks Soufis, aucun d’eux n’appartenant à des sectes hérétiques et qui étaient de la communauté Sunnite à l’exception seulement de trois: Abou Hilman de Damas, qui prétendait être de Soufi mais qui en réalité croyait à l’incarnation (houloul): Houssayn ibn Mansour al-Hallaj dont le cas reste problématique, alors que Ibn `Ata Allah, Ibn Khaif, et Abou al-Qassim al-Nassir Abadi l’approuve [comme l’approuvent aussi les Hanbalis Ibn `Aqil, Ibn Qoudama, et al-Toufi]; et al-Qannad, que les Soufis accusent être un Mou`tazili et un rejeté, car le bon n’accepte pas le mauvais.[139]

L’Imam Abou al-Qasim al-Qouchayri (d.465)

Un mouhaddith qui transmit des hadiths par milliers à ses disciples à Nayssabour, à travers lesquels il combattit les Mou`tazila jusqu’à ce qu’il s’enfuit à la Mecque pour protéger sa vie, al-Qoushayri était le disciple du grand cheick Soufi Abou `Ali al-Daqqaq. C’était aussi un moufassir qui écrivit un commentaire complet du Coran intitulé Lata'if al-icharat bi tafsir al-Coran (Les subtilités et allusions dans le commentaire du Coran). Son œuvre la plus fameuse, est cependant son Rissala ila al-soufiyya ou épître aux Soufis, qui est l’un des premiers manuels complets de la science du tassawwouf, ensemble avec le kitab al-louma' (Le livre des Lumières) d’Abou Nasr al-Sarraj (d.378), le Qout al-qouloub fi mou’amalat al-mahboub wa wasf tariq al-mourid ila maqam al-tawhid (La nourriture des coeurs en liaison avec le Bien-Aimé et la description de la voie des aspirants à la station de la déclaration de l’unicité) d’Abou Talib al-Makki (d.386), al-Ta’arrouf fi madhhab ahl al-tassawwouf (Définir l’école des Gens de l’auto-purification) d’Abou Bakr al-Kalabadhi (d.391), et le Tabaqat al-soufiyya (Les niveaux biographiques des Soufis) d’Abd al-Rahman al-Soulami (d.411).

Les lignes suivantes sont une transcription de la compilation de Qouchayri des dires des cheicks Soufis définissant le tassawouf, délivré dans une excellente traduction récente de son Rissala par un disciple de Dr. Hamid Algar:

Toute personne qui parle du sens du Soufisme et qui est Soufi, parle selon sa propre expérience. M’étaler sur ce sujet m’enmènerai au-delà de mon intention d’être bref dans mon travail. Je mentionnerai ici certains dires des Soufis sur le sujet en vue de donner une indication de leurs sens, si Allah le Tout-Puissant le veut.

Quand Mouhammad al-Jourayri fut questionné au sujet du Soufisme, il expliqua, «Cela signifie prendre toute sublime caractéristique morale et de laisser toute basse morale.» Al-Jounayd dit , «Le Soufisme signifie que Dieu te fait mourir en toi- même et te donne vie en Lui.» Al-Houssayn b. Mansour, lorsqu’il fut questionné au sujet du Soufi, commenta, «Il est solitaire par nature. Personne ne l’accepte, et il n’accepte personne.» Abou Hamza al-Baghdadi dit, «La marque du vrai soufi est qu’il devient pauvre après avoir été riche, il expérimente l’abaissement après avoir été hautement estimé, et il devient inconnu après avoir été fameux. La marque du faux Soufi est qu’il devient riche après avoir été pauvre, il devient un objet de haute estime après avoir été rabaissé, et il devient fameux après avoir été inconnu.»

`Amr b. `Outhman al-Malikki fut questionné au sujet du Soufisme, et il affirma, «C’est, que le serviteur agisse selon tout ce qui convient au moment.»

Mouhammad b. `Ali al-Qassab dit, «Le Soufisme consiste aux caractéristiques nobles montrés par un homme noble parmi de noble gens.» Lorsque questionné sur le soufisme, Samnoun dit, «Il signifie que tu ne possèdes rien et que rien ne te possède.» Rouwaum observa au sujet du Soufisme, «Il signifie se débarasser du soi pour être avec Dieu en tout ce qu’Il désire.» Al-Jounayd fut questionné au sujet du Soufisme et il déclara, «Cela signifie que tu sois seul avec Dieu sans attachement.» Rouwaym b. Ahmad al-Baghdadi dit, «Le Soufisme est fondé sur trois traits: adhéré à la pauvreté et à la dépendance en Dieu, atteindre les vertus de la générosité et le don désintéressé, abandonner la résistance et le choix.» Ma`rouf al-Karkhi expliqua, «Le Soufisme est tenir aux réalités cachées et couper espoir de tout ce que possèdent les gens.»

Hamdoun al-Qassar dit, «Soit ami avec les Soufis, car ils voient des raisons pour pardonner les actes désagréables et ils ne sont pas impressionnés par les bonnes actions au point qu’ils penseraient que tu les salues dans l’intention qu’ils en performent.» Lorsque questionné au sujet des adhérents au Soufisme, Al-Kharraz répondit, «Ils sont des gens qui donnent jusqu’à ce qu’ils expérimentent l’expension, qui se privent eux-même jusqu’à ce qu’ils perdent toutes choses. Ensuite, ils obéissent à l’injonction des mystères qui sont autour d’eux: [Dis] «Levez-vous, pleurez sur notre sort.» Al-Jounayd dit, «Le soufisme est une guerre dans laquelle il n’y a pas de paix;» Il dit aussi, «Les Soufis sont membres d’une seule famille dont nul ne peut entrer sauf eux-même.» Il expliqua aussi, «Le Soufisme est l’invocation [de Dieu] combinée avec la concentration interne, l’extase combinée avec l’écoute attentive, et l’action combinée avec la pratique de la Sunna»

Al-Jounayd déclara, «Le Soufi est comme la terre – toutes sortes d’ horreurs lui sont jetées, mais toutes sortes de biens y poussent.» Il dit aussi, «Le Soufi est comme la terre – tous deux, les vertueux et les pécheurs y marchent. Il est comme les nuages – ils donnent de l’ombre à toutes les choses. Il est comme la pluie – il arrose toutes les choses.» Il fit aussi une remarque, «Si vous voyez un Soufi se soucier de son aspect extérieur, alors sachez que son intérieur est corrompu.»

Sahl b. `Abdallah commenta, «Le soufi est celui qui ne se plaindra pas si son sang était répandu et sa propriété lui était arrachée.» An-Nouri dit, «Un signe du Soufi est qu’il est content lorsqu’il ne possède rien et il donne de manière désintéressée lorsqu’il possède assez.» Al-Kattani affirma, «Le Soufisme est la bonne caractéristique morale. Quiconque a le dessus sur toi en caractéristique morale te dépasse en pureté.» Abou `Ali ar-Roudhbari dit, «Le Soufisme est rester à la porte de l’amant même si tu y es écarté.» Il dit aussi, «Le Soufisme est la pureté de la proximité après l’impureté de l’éloignement.» Il est dit, «La chose la plus odieuse est le Soufi avare.» Il est dit aussi, «Le Soufisme est le vide de la main et la pureté du cœur.» Ach-Chibli observa, «Le Soufisme est s’asseoir avec Dieu sans souci.» Abou Mansour dit, «Le Soufi est celui dont l’indication est de Dieu Le Plus Haut, car surement l’homme est un signe de Dieu.» Ach-Chibli déclara, «Le Soufi est séparé de l’humanité et unifié avec Dieu comme Il dit [à Moïse], "Je t’ai attaché à Moi-même (20:41), le séparant de toute autre chose,. Ensuite Il lui dit, «Tu ne me verras jamais» (7:143). Ach-Chabli dit encore, «Les Soufis sont des enfants sur la piste de Dieu,» «Le Soufisme est un éclair de lumière brillante,» et «le Soufisme c’est être protégé de tenir compte de la création.» Rouwaym déclara, «Les Soufis sont plein de bonté aussi longtemps qu’ils se disputent l’un avec l’autre. Dès qu’ils font la paix, il n’y a plus de bien en eux.»

Al-Jourayri dit, «Le Soufisme signifie maintenir une conscience vigilante sur son propre état et maintenir un comportement parfait.» Al-Mouzayyin affirma, «Le Soufisme est la soumission à Dieu.» Abou Tourab an Nakhshabi remarqua, «Le Soufisme n’est rendu impur par aucune chose, et par lui toutes les choses sont rendues pures.» Il est dit, «La recherche n’épuise pas le Soufi, et les choses mondaines ne l’ennuient pas.» Lorsque Dhou'n-Noun al-Misri fut questionné au sujet des Soufis, il répondit, «Ce sont des gens qui préfèrent Dieu [Le Plus Exalté] par rapport à toutes les choses et que Dieu préfère par rapport à toutes les choses.» Al-Wassiti ( Que Dieu lui accorde Sa Miséricorde) dit, «Au début, les Soufis avaient été attribué des indications claires; ensuite ces éléments deviennent seulement que des gestes, et maintenant rien ne reste sauf du chagrin.»

An-Nouri fut questionné au sujet des Soufis et il répondit, «Il est celui qui entend l’audition et qui préfère les causes qui engendrent le salut.» Abou Nasr as-Sarraj rapporte, «Je demanda al-Housri, "qu’elle est ton opinion sur le Soufi?" Il répondit "La terre ne le transporte pas ni les cieux ne l’ombrage pas non plus.» Il fait allusion ici à l’effacement des Soufis. Il est dit, «Le Soufi est celui qui, lorsqu’en face de deux bons états ou de deux caractéristiques morales, choisit le meilleur des deux.» Ach-Chibli fut questionné, «Pourquoi les Soufis sont-ils appelés par ce nom?» Il dit, «C’est à cause des traces du soi qui restent en eux. Si ce n’était pas le cas, il n’y aurait pas de nom qui leur aurait été attribué.» Ibn al-Jalla' fut questionné, «Qui est appelé "Soufi"?» L’un des Soufis déclara, «Le Soufisme signifie une perte de dignité et de rang et un noircissement de la face dans ce monde et dans celui de l’au-delà.» Abou Ya’qoub al-Mazabili expliqua, «Le Soufisme est un état dans lequel tous les attributs humains se dissipent.» Abou'l Hassan as-Sirwarni dit, «Le Soufi est celui que est préoccupé avec les états inspirés, non pas avec les litanies et les récitations.»

Le maître Abou `Ali ad-Daqqaq (Que Dieu lui accorde Sa Miséricorde) dit, «La chose choisie qui a été dite sur ce sujet est, "Cette voie convient seulement à ces personnes dont Dieu a utilisé les esprits pour balayer les tas de fumier".» Pour cette raison, Abou `Ali dit un jour, «Si le disciple ne possède plus rien que son esprit et s’il l’offre aux chiens à sa porte, aucun chien n’y portera attention.» Le maître Abou Sahl as-Sou`louki dit, «Le Soufisme c’est se détourner des objections internes de ce que Dieu a décrétées.»

Al-Housri commenta, «Le Soufi n’existe pas après sa non-existence ni il est non-existant après son existence.» Ce point n’est pas compréhensible sur le champ. Lorsqu’il dit, «Il est non-existant après sa non-existence,» il veut dire qu’après que ses défauts lui soient ôtés, ils n’y retournent plus. Quand il dit, «Ni, il est non-existant après son existence,» Il veut dire que s’il est entièrement orienté vers Dieu, il ne décline pas au rang du genre humain ainsi les évènements mondains n’ont pas d’effet sur lui.

Il est dit, «Le Soufi est effacé dans les éclairs qu’il reçoit de Dieu.» Il est dit, «Le Soufi est dominé par le flux de souveraineté et voilé par le maintien de la servitude.» Il est dit aussi que , «Le Soufi ne change pas. Mais s’il devait changer, il n’aurait pas de chagrin.» Al-Kharraz rapporta, «J’étais dans la mosquée Cairouan au jour de la prière en congrégation, et je vis un homme allant parmi les rangés d’adorateurs disant, 'Montrez-moi la charité, car j’étais un Soufi, et maintenant je suis devenu peu solide et faible." Alors je lui offris des aumônes, et il me dit, "Laissez-moi, malheur à vous! Ceci n’est pas ce que je cherche." Et il ne prit pas les aumônes.»[140]

Cheick Abou Ismai`il `Abd Allah al-Harawi al-Ansari (d.481)

Un cheick Soufi, un maître de hadiths (hafiz), et un commentateur (moufassir) du Coran de l’école Hanbali, l’un des plus fanatiques ennemis des innovateurs, et un disciple de Khwaja Abou al-Hassan al-Kharqani (d.425) l’un des premiers grandcheick de la voie Soufie Naqshbandi.[141] Il est cité par Dhahabi dans son Tarikh al-islam et Siyar a`lam al-noubala', Ibn rajab dans son Dayl tabaqat al-hanabila[142], et Jami dans son livre en langue Persanne Manaqib-i cheick al-Islam Ansari.[143]

Il était un auteur prolifique de traités Soufis dont:

· Manazil al-sa'irin, au sujet duquel Ibn Qayyim rédigea un commentaire intitulé Madarij al-salikin;
· Kitab al-soufiyya (Les niveaux biographiques des maîtres Soufis), qui est la version développée des premiers travaux par Abou ‘Abd al-Rahman al-Soulami (d.411) portait le même titre.
· Kitab ‘ila al-maqamat (Le livre des écueils des niveaux spirituels, décrivant les caractéristiques des niveaux spirituels pour le disciple et le maître dans la voie Soufie;
· Kitab sad maydan (en Perse, Le livre des cent compétences), un commentaire sur le sens de l’amour dans le verset: «Si vous aimez Allah, suivez-moi, et Allah vous aimera!» (3:31). Ce livre rassemble les discours d’al-Harawi au cours de l’année 447-448 à la grande Mosquée de Hérat (aujourd’hui Afghanistan) dans lequel il présente son exposition la plus éloquente de la nécessité de suivre la voie Soufie.
· Kashf al-asrar wa ‘ouddat al-abrar (En perse, Le dévoilement des secrets et le harnais des vertueux), en dix volumes par al-Mayboudi, il contient le commentaire Coranique d’al-Harawi.

Imam Ghazali (d.505)

Houjjat al-Islam (La preuve de l’Islam), Abou Hamid al-Toussi al-Ghazali, le Revivificateur du Cinquième siècle Islamique, savant d’ousoul al-fiqh, et auteur de la plus célèbre oeuvre sur le tassawwouf, Ihya' `ouloum al-din (La revivificaton des sciences religieuses). Il dit dans son autobiographie, al-Mounqidh min al-dalal (La délivrance de l’erreur):

La voie Soufie consiste à purifier le coeur de tout ce qui est autre qu’Allah… Je conclus que les Soufis sont des chercheurs dans la Voie d’Allah, et leur conduite est la meilleure conduite, et leur voie est la meilleure voie, et leurs manières sont les plus sanctifiées. Ils ont purifié leur cœur de tout, sauf d’Allah et en ont fait des sentiers pour que des rivières y coulent, transportant la connaisance d’Allah.[144]

Comme Ibn `Ajiba mentionne dans son Iqaz al-himam, al-Ghazali déclara le tassawwouf être fard `ayn ou une obligation personnelle pour tout Musulman responsable, homme et femme, «car personne sauf les Prophètes n’est dépourvu de défauts et de maladies internes.»[145]

Les textes qui suivent sont traduits des extraits suivants de Ihya' `ouloum al-din:

a) Les définitions au début du livre Kitab charh `aja'ib al-qalb (Le livre des explications des mystères du cœur);
b) Section intitulée: “Les soldats du Cœur” extrait du même livre;
c) Section intitulée: «La domination de satan sur le coeur à travers les murmures (al-waswas)» extrait du même livre;
d) Section intitulée: «Les preuves…» du livre Kitab riyadat al-nafs wa tahdhib al-akhlaq wa mou`alajat amrad al-qalb (Le livre du dressage de l’égo et la discipline des manières et le remède des maladies du cœur).

a) Le sens de nafs: Il a deux sens. Premièrement cela signifie les pouvoirs de la colère et l’appétit sexuel résidant en l’être humain… et ceci est la compréhension la plus commune dans le milieu des gens du tassawwouf, qui comprennent le mot nafs comme l’élément responsable de tous les mauvais attributs d’une personne. Ceci est la raison pour laquelle ils disent: l’on doit combattre l’égo et le briser comme cela est souligner dans le hadith: a`da `adouwwouka nafsouka al-lati bayna janibayk – «Ton pire ennemi est ton égo qui réside entre tes flancs.»[146] Il est disponible dans le Kitab al-zouhd (Le livre des narrations sur l’ascétisme) de Bayhaqi.

Le deuxième sens de nafs est l’esprit, l’être humain en réalité, son soi et sa personne. Cependant, il est décrit différemment selon ses différents états. S’il prend le calame en étant sous commande et s’est débarassé des turbulances causées par l’attaque de la passion, il est appelé «l’esprit apaisé» (al-nafs al-moutma'inna)… Dans son premier sens, le nafs n’envisage pas son retour à Allah parce qu’il s’est maintenu à l’écart de Lui: un tel nafs est du parti de satan. Mais s’il n’est pas source de tranquilité, et qu’il s’érige contre l’amour des passions et s’y oppose, il est appelé «l’âme auto-critique» (al-nafs al-lawwama), parce qu’il réprimande son maître pour sa négligeance dans l’adoration de son maître… S’il cesse toute rébellion et se soumet en totale obéissance à l’appel des passions et de satan, il est nommé «l’esprit qui se joint au mal» (al-nafs al-ammara bi al-sou')…

b) Allah a armé des soldats qu’Il a placés dans le cœur et les âmes et autres de Ses mondes, et nul ne sait leur vrai nature et leur nombre exact excepté Lui-même… [Il commença par expliquer que les jambes du corps, les cinq sens, la volonté, l’instinct et les pouvoirs émotives et intellectuels sont parmi ces soldats.] Sachez que les deux soldats de la colère et de la passion sexuelle peuvent être complètement contrôlés par le cœur… ou à l’opposé désobéir et complètement se rebeller contre lui, jusqu’à ce qu’ils l’asservissent. En cela repose la mort du coeur et la fin de son voyage vers la joie éternelle. Le cœur a d’autres soldats: La connaissance (`ilm), la sagesse (hikma) et la pensée (tafakkour) dont il cherche l’aide en réalité car ils sont du Parti d’Allah contre les deux autres qui appartiennent au parti de satan…

Allah dit: «Ne vois-tu pas celui qui a fait de sa passion sa divinité?» (25-43) et «Il suivit sa propre passion. Il est semblable à un chien qui halète si tu l’attaques, et halète aussi si tu le laisses.» (7:176) et au sujet de la personne qui contrôle les passions de son égo Allah dit: «Et pour celui qui aura redouté de comparaître devant son Seigneur, et préservé son âme de la passion, le paradis sera alors son refuge» (79:40-41).

Sachez que le corps est comme une ville et l’intellect d’un être humain adulte est comme un roi gouvernant cette ville. Toutes les forces de ses sens externes et internes qu’il peut rassembler sont comme ses soldats et ses assistants. L’égo qui s’associe au mal (nafs ammara), qui est le désir et la colère, est comme un ennemi qui le défie dans son royaume et lutte pour exterminer ses sujets. Le corps devient alors comme une garnison ou un avant-poste portuaire, et l’âme comme sa garde. S’il combat contre ses ennemis et les défait et les contraint à faire ce qu’il aime, il sera loué lorsqu’il retournera dans la présence d’Allah, comme Allah dit: «Allah a mis les combattants au-dessus des non- combattants en leur accordant une rétribution immense» (4:95).

c) Les pensées qui agitent les désirs de l’un sont de deux sortes: louables et qui est appelé «inspiration» (ilham), ensuite blâmables qui est appelé «insouffler» (waswassa)… Le cœur est sous l’emprise mutuelle d’un satan et d’un ange… L’ange est une créature qu’Allah a créé pour un bénéfice débordant, l’octroiement de la connaissance, le dévoilement de la vérité, la promesse de récompense, et l’ordonnance du bien… satan est une créature dont la besogne est de s’opposer contre tout ceux-ci…Waswa contre ilham, satan contre ange, et succès (tawfiq) contre désolation (khidhlan).

Le Prophète dit: «Il y a deux impulsions dans l’âme, l’une provient d’un ange qui appelle vers le bien et confirme la vérité; quiconque ressent ceci, qu’il sache que cela est d’Allah et qu’il Le loue. L’autre impulsion provient de l’ennemi, le conduit au doute, nie la vérité, et interdit le bien; quiconque ressent ceci, qu’il cherche refuge en Allah contre le démon.» Ensuite il récita le verset: «Le diable vous fait craindre l’indigence et vous commande des actions honteuses» (2:268).[147]

Le Prophète dit:«Il n’y personne parmi vous qui n’a pas de démon en lui.» Ils dirent: «Même en toi, O Messager d’Allah?» Il dit: «Même en moi, mais Allah m’a aidé à le vaincre et il s’est soumis à moi, ainsi il n’ordonne rien que le bien»[148]… L’offensive mutuelle entre les soldats des anges et les démons est constante dans le combat sur le coeur jusqu’à ce que le cœur soit conquit par l’une des deux parties qui implante sa nation et s’y installe… Et la plupart des cœurs ont été saisi par les soldats de satan, qui les remplit d’idées qui appellent à aimer ce monde temporaire et à négliger l’au-delà.

d) Le Prophète dit: al-moujahidou man jahada nafsahou fi ta`at Allah – «Le vrai combattant contre l’incroyance est celui qui combat contre son égo en obéissant à Allah»[149]… Soufyan al-Thawri dit: «Je ne me suis jamais occupé d’aussi fort d’une chose contre moi que mon égo; il était un moment avec moi et un autre moment contre moi»… Yahya ibn Moua`adh al-Razi dit: «Lutter contre ton égo avec les quatre sabres de l’apprentissage: mange peu, dort peu, parle peu, et soit patient lorsque les gens te font du tort… Alors l’égo marchera sur les voies de l’obéissance, comme un chevalier s’élançant dans le champ de battaille.»

Ceux Qui Attaquent L’Imam Ghazali

Les Salafis d’aujourd’hui ont revivifié un mauvais trait particulier des immoraux du passé qui consiste à attaquer l’Imam Ghazali, désobligeant ceux qui lisent ses travaux et les citant pour illustrer leurs opinions. Ceci concerne spécialement sa pièce maîtresse Ihya' `Ouloum al-Din, parce que c’est un point de repère du tassawwouf que les ennemis du tassawwouf trouvent particulièrement vexant à cause de l’immense succès qu’elle a eu parmi les lecteurs. Certains vont même trop loin, jusqu’à prétendre que Ghazali était insensé lorsqu’il le rédigea, d’autres interprètent mal l’indication de Ghazali à sa mort au sujet de Boukhari comme une renonciation au tassawwouf, d’autres encore ravivent les condamnations du livre par une poignée de savants reconnus pour leur position anti-soufie. Mais Allah a permis au livre de s’ériger haut au-dessus des clameurs de ses détracteurs, et ses traductions ne font que s’accroître en nombre et en qualité. Les lignes suivantes ont pour but de fournir aux lecteurs, avec des sources fiables concernant sa vie et ses travaux ainsi que pour nous protéger avec l’aide d’Allah contre les calomnies de l’ignorance et de l’envie.

Salah al-Din al-Safadi (d.764), le disciple d’Abou Hayyan al-Andalousi, rapporte dans son célèbre dictionnaire biographique intitulé al-Wafi – qui contient plus de 14000 biographies:

Mouhammad b. Mouhammad b. Mouhammad b. Ahmad, la Preuve de l’Islam, l’Ornement de la Foi, Abou Hamid al-Tussi[150] (al-Ghazali), le juriste Chafi`i, était sans rival au cours de ses dernières années.

En 488, il renonça entièrement à toute sa propriété mondaine et sa fonction de professeur à Nizamiyya où il enseigna depuis 484, et suivit la voie de la renonciation et de la solitude. Il effectua un Pèlerinage, et à son retour, il dirigea ses pas en Syrie où il resta quelque temps dans la ville de Damas, donnant des conseils dans la mosquée hospice (zawiyat al-jami`) qui porte désormais son nom dans le quartier ouest. Ensuite, il voyagea à Jérusalem, s’employant énormément à l’adoration et à visiter les lieux saints. Ensuite, il se rendit en Egypte, restant quelque temps à Alexandrie…

Il retourna à Tus sa ville natale (juste avant 492). Là-bas, il compila un certain nombre de volumes importants [parmi lesquels le Ihya´] avant de retouner à Nissabour, où il était obligé de dispenser des cours à la Nizamiyya (499). Il abandonna immédiatement ceci et revint dans son village où il assûma la direction d’une maison de retraite (khaniqah) pour Soufis et d’une université voisine pour ceux occupés à la recherche de la connaissance. Il répartit son temps entre la récitation du Coran et dispenser des cours aux Gens du Cœur (les Soufis)…

Cette œuvre est parmi la plus noble et la plus importante, à tel point qu’il fût dit à son propos: Si tous les livres de l’Islam venaient à être perdus sauf l’Ihya´, elle aurait été suffisante pour les remplacer… Ils l’accusaient d’y avoir inclu des hadiths qui n’étaient pas reconnus comme authentiques, mais une telle inclusion est permise dans les travaux d’encouragement du bien et l’interdiction du mal (al-targhib wa al-tarhib). Le livre reste toujours extrêmement important. L’Imam Fakhr al-Din al-Razi avait l’habitude de dire: «Ce fût comme si Allah avait rassemblé toutes les sciences sous un dôme, et les montra à al-Ghazali,» ou quelque chose de ce genre. Il rendit l’âme… à Tabaran… la citadelle de Tus, où il fut enterré.[151]

Ce qui a été dit ci-dessus refute clairement la fabrication de ceux qui disent que Ghazali désavoua le tassawwouf vers la fin de sa vie. Voyons maintenant la fabrication de ceux qui essaient de faire une différence entre le Ghazali d’Ousoul al-fiqh et le Ghasali du tassawwouf. Lorsqu’on leur dit que les livres de l’Imam Ghazali sur la méthodologie et les fondations des lois Islamiques sont considérés nécessaires dans le domaine – tel que son Moustafa et Mankhoul ainsi que Chifa´al-ghalil – ils disent qu’il les rédigea bien avant sa période de retraite où il adopta la tassawwouf. En réalité, la plus grande partie et les plus compréhensifs des quatre livres qu’il rédigea sur Ousoul al-fiqh (Les principes des lois) fut composée au cours de la dernière période de sa vie comme le dit Dr. Taha al-`Alwani dans son livre Ousoul al-fiqh al-islami:

La source de Méthodologie de l’Encyclopédie de la Chari`a de l’Imam Ghazali, son quatrième livre sur le sujet, et son dernier mot fut al-Moustafa, qui a été publié plusieurs fois en Egypte et ailleurs. En réalité, ceci est l’oeuvre qu’il rédigea après qu’il soit sorti de sa période de méditation et de retraite.[152]

La note sur Ghazali dans `Oumdat al-Salik dit:

A Damas il a vécu en retraite pendant environ dix années, engagé dans la lutte spirituelle et le souvenir d’Allah, à la fin de cette retraite, il émergea pour produire sa pièce maîtresse Ihya´ `Ouloum al’Din [La revivification des Sciences Religieuses], un classique parmi les livres des Musulmans au sujet de la constante crainte que l’on doit avoir dans ses relations avec Allah (taqwa), l’illumination de l’âme à travers Son obéissance y compris les niveaux de l’acquisition des croyants. L’œuvre montre comment personnellement Ghazali a perçu profondément ce qu’il a écrit, et sa magistrale réponse à plusieurs centaines de questions au sujet de la vie interne dont nul avant lui avait parlé ou résolu, ceci est une performance d’excellence soutenue qui montre l’intellect bien discipliné de son auteur et une profonde appréciation de la psychologie humaine. Il a écrit aussi presque deux cent autres oeuvres sur la théorie du gouvernement, la Loi sacrée, les réfutations des philosophes, les principes de la foi, le Soufisme, l’exégèse Coranique, la théologie scolastique et les bases de la jurisprudence Islamique.[153]

Qu’en est-il au sujet des critiques de l’intellect de Ghazali? Le plus éloquent en ceci, fut ibn al-Jawzi – un détracteur des Soufis – rejette le Ihya´ dans quatre de ses oeuvres: I`lam al-ahya´ bi aghlat al-Ihya´ (Informer le vivant au sujet des erreurs de l’Ihya´, Talbis Iblis, Kitab al-qoussas,[154] et son histoire al-Mountazam fi tarikh al-moulouk wal-oumam.[155] Ses vues influencèrent Ibn Tayimiyya et son élève Dhahabi. La base de leur position était l’utilisation de hadiths faibles par Ghazali, dont une liste est fournie par Taqi al-Din al-Soubki dans son Tabaqat. Leur critique est-elle justifiée ou est-elle une exagération? Plus probablement une exagération dans la mesure où les deux hafiz al-`Iraqi (d.806) et al-Zabidi (d.1205) après al-Ghazali, documentèrent individuellement chaque hadith du Ihya et ne mirent pas en doute de manière globale son utilité. Au contraire, ils acceptèrent son immense réputation parmi les Musulmans et contribuèrent à son embellissement et à sa propagation comme un manuel de progrès spirituel. Et comme Soubki le souligna, Ghazali n’excella jamais dans le champ du hadith.[156]


Plus important, la majorité des maîtres de hadiths soutiennent l’utilisation de hadiths faibles en vue d’en dériver des décisions légales, dans l’encouragement du bien et le découragement du mauvais (al-targhib wa tarhib), comme plusieurs maîtres de hadiths l’ont indiqué aussi bien que certains savants tels que al-Safadi.[157] Il doit être su que Ghazali incorpora tous les matériaux qu’il jugea utile à sa cause didactique sur la base du contenu au lieu de l’origine ou la chaîne de transmission; de même que la plupart du Ihya consiste en des citations du Coran, de hadiths, et les dires d’autres que Ghazali, sa propre prose ne comptant que pour moins de 35% du travail;[158] et que la plupart du vaste nombre de hadiths cités sont authentiques à l’origine.

En conclusion, nous disons comme al-Safadi que l’Ihya se classe comme une œuvre de targhib ou éthique, qui est le domaine principal du tassawwouf. Le critère et l’authenticité comme évidence citée dans ces travaux sont moins rigoureux que les travaux de `aqida et de fiqh selon la majorité des savants, comme la section prochaine le démontre. Tenir les travaux de tassawwouf sur les critères du dernier cas c’est blâmer les pommes de ne pas être des oranges. En conséquence, comme al-Safadi l’indiqua correctement, la critique de Ihya´ `ouloum al-din par certains sur la base de hadiths faibles n’a pas de fondement, ni également les critiques de travaux semblables, par exemple la critique de Dhahabi sur le Qout al-qouloub d’Abou al-Makki et autres. Ceux qui se cramponnent à de telles critiques, cependant qu’ignorant l’approbation massive du tassawwouf et de ses livres par les savants Musulmans se cramponnent à leur propre préjugé contrairement à la connaissance fiable. Notre conseil à ces frères est: Nous vous rappelons le conseil d’al-Dhahabi dans sa note biographique sur Ibn al-Farid dans Mizan al-i`tidal: «Ne vous empressez pas à juger, au contraire, retenez la meilleure opinion des Soufis»;[159] et le conseil de l’Imam Ghazali dans al-Mounqidh min al-dalal: «Ayez de bonnes pensées (au sujet des Soufis) et ne nourrissez pas de doute dans votre cœur»;[160] et la fatwa d-Ibn Hjar al-Haytami concernant les critiques de ceux qui respectent le tassawwouf et croient aux awliya´: «Des mauvaises pensées à leur sujet (Les Soufis) signifient la mort du cœur.»[161] Prenez ce qui est excellent dans chacun des travaux des Soufis de la bonne manière, respectez les maîtres du tassawwouf, le plus petit parmi eux s’érige haut au-dessus de vous en savoir, ne cherchez pas le désaccord parmi les savants, et accrochez-vous à l’humilité et au respect devant ceux qui parlent au sujet d’Allah Duquel provient tout succès.

La Validité de Hadiths Faibles

Nous concluons la discussion sur Ihya´ `ouloum al-din avec les déclarations sur la permissibilité de hadiths faibles par les maîtres de hadiths, établissant comme l’Imam al-Sakhawi déclara dans la conclusion de son livre al-qawl al-badi´, que «La majorité des savants (al-joumhour) supportent qu’un hadith faible peut être utilisé comme une base pour mener une bonne action et achever un bon caractère mais pas pour des règles légales.»

Ibn Hajar écrit dans Hadi al-sari:

Malik et Boukhari ont une différente compréhension de la validité des hadiths. Malik ne considère pas l’interruption dans la chaîne comme une défaillance dans le hadith. Pour cette raison, il cite des hadiths avec des chaînes interrompues du type moursal et mounqati, et des communications sans chaînes (balaghat) comme une partie de l’objet principal de son livre (al-Mouwatta´), alors que Boukhari, considère l’interruption comme une défaillance dans la chaîne de transmission. Ainsi, il ne cite pas ces hadiths sauf comme quelque chose en dehors de l’objet principal de son livre (al-jami` al-sahih), par exemple les commentaires (ta`liq) et les titres de chapîtres.[162]
Al-Hakim (d.405) rapporte dans son Madkhal, un manuel sur la science de hadiths:

J’entendis Abou Zakariyya al-`Anbari dire que Mouhammad ibn Ichaq ibn Ibrahim al-Hanzali lui dit que son père avait l’habitude de rapporter d’`Abd al-Rahman ibn Mahdi qu’il avait l’habitude de dire: «Nous étions conciliants concernant l’isnad au sujet de la récompense et la punition et des actions vertueuses, et étions indulgents envers les gens (c’est-à-dire concernant leur identité et fiabilité); mais lorsque nous transmettions au sujet de ce qui est légal et ce qui est interdit, nous sommes stricts avec l’isnad et examinons minutieusement les gens.»

J’ai entendu Abou Zakariyya Yahya ibn Mouhammad al-`Anbari dire qu’il entendit Abou al-`Abbas ibn Mouhammad al-Sijzi dire qu’il entendit al-Naufali dire qu’il entendit Ahmad ibn Hanbal dire: «Lorsque nous transmettons de l’apôtre d’Allah au sujet de ce qui est permis et ce qui est interdit, au sujet des ordonnances légales, nous sommes stricts; mais lorsque nous transmettons du Prophète au sujet des actions vertueuses et ce qui n’est pas établi ou d’abroger une ordonnance légale, nous sommes conciliants avec les isnads.»[163]

Voici est le texte complet de Sakhawi extrait d’al-qawl al-badi`:

Cheick al-Islam Abou Zakariyya al-Nawawi dit dans l’Adhkar:

Les `oulama parmi les experts en hadiths et les experts en loi et autres ont dit: il est permis et recommandé que la pratique religieuse (al-`amal) concernant les bonnes actions et le bon caractère (al-fada’il), l’encouragement au bien et le découragement du mal (al-targhib wa tarhib) soient basés sur des hadith faibles aussi longtemps que ce n’est pas inventé. En ce qui concerne les règles légales, (ahkam) ce qui est permis et ce qui est interdit, ou les modalités des échanges, le mariage, le divorce et autres: la pratique de l’un n’est basée sur rien d’autre que les hadiths solides (sahih) ou les hadiths fiables (hassan), en guise de précaution, dans certains cas relatifs à l’un des éléments cités ci-dessus, par exemple, si un hadith faible était cité au sujet de la répréhensibilité (karahat) de certains types de ventes ou de mariages. Dans ces cas, ce qui est recommandé (moustahabb) est d’éviter une telle vente et un tel mariage, mais ce n’est pas obligatoire.

N’étant pas d’accord avec ceci, Ibn al-`Arabi al Maliki dit: «Absolument aucune pratique n’est basée sur un hadith faible.»

J’ai entendu mon cheick (Ibn Hajar al-`Asqalani) insister sur les dires suivants, et lui-même me le remit sous forme rédigée:

Les conditions pour des pratiques religieuses basées sur du hadith faible sont de trois:

1- Il y a une unanimité sur ceci: le plus faible ne doit pas être le plus fort. Ceci exclue les hadiths individuellement collectionnés par les menteurs ou ceux accusés de mensonge, et ceux qui font des erreurs scandaleuses.
2- Qu’il y est pour cela une base légale générale. Ceci exclue ce qui est inventé et qui n’a pas de base légale de départ.
3- Que l’un ne pense pas, pendant que l’utilisant comme fondement de base, qu’il a été établi comme vrai. Ceci est dans l’ordre de ne pas attribuer au Prophète des mots qu’il n’a pas dits.

Les deux dernières conditions sont d’Ibn `Abd al-Salam et son compagnon Ibn Daqiq al-`Id; Abou Sa`id al-`Ala'i rapporta l’unanimité sur le premier.
Je dis: ¨Il a été rapporté de l’Imam Ahmad que l’on peut pratiquer sur la base de hadiths faibles s’il n’y plus d’autre hadith à cet effet et s’il n’y a pas de hadith qui le contredit¨. Dans une autre narration, il est rapporté dire: «Je préfère le hadith faible par rapport à l’opinion des gens.» Ibn Hazm a similairement mentionné que les savants Hanafi unanimement sont d’accord avec l’école d’Abou Hanifa qui supporte que le hadith faible est préférable à l’opinion (ra'y) et à l’analogie (qiyas). Ahmad fut questionné au sujet de quelqu’un se trouvant dans un pays avec, en main un possesseur de hadiths (hadith sahib) qui ne sait pas la différence entre du solide et du non-solide, et, dans l’autre, avec un possesseur d’opinion (sahib ra'y): Qui devrait-il consulter? Il répondit; « Qu’il consulte le détenteur de hadiths et non le détenteur d’opinions.»

Abou `Abd Allah Ibn Mandah rapporta d’Abou Dawoud, l’auteur du Sounan et élève de l’Imam Ahmad, avait l’habitude de citer la chaîne de transmission d’un hadith faible s’il ne pouvait pas trouver mieux que cela sous ce titre particulier (bab), et qu’il le considérait comme une évidence par rapport à l’opinion.

Ce qui émerge de cela est qu’il y a trois vues divergentes:

- Aucune pratique n’est basée sur du hadith faible ;
- Une pratique y est basée si aucune autre évidence n’est trouvée sous le même titre;
- La majorité des savants (al-joumhour) soutiennent que le hadith faible peut être utilisé comme base pour pratiquer des bonnes actions et achever un bon caractère, mais non pour des règles légales. Et Allah est Celui qui garanti le succès.[164]

Certains questionnent à tort le fait que l’Imam Ahmad permis l’utilisation de hadiths faibles à la lumière de l’affirmation d’Ibn Taymiyya dans son Qa`ida fi al-tawassoul: « Celui qui rapporte d’Ahmad qu’il avait l’habitude de se baser sur du hadith faible, qui n’est pas sahih ou hassan, a fait une erreur.»[165] Cependant, ceci ne contredit pas l’opinion de l’Imam Ahmad citée ci-dessus par Sakhawi comme l’Imam Ahmad n’appliqua pas de hadiths faibles au ahkam ou les règles légales. Ainsi ce que Ibn Taymiyya veut dire est: «Celui qui rapporte de l’Imam Ahmad qu’il avait l’habitude de se baser sur du hadith faible en dérivant des règles légales dans la Chari`a.» a l’exception des règles, il n’y a pas de doute que l’Imam accepta le hadith faible, comme rapporté par al-Hakim dans al-Madkahl déjà cité, et confirmé par Ibn `Arabi al-Maliki dans `Aridat al-ahwadhi.[166] Ceci est confirmé par Ibn Taymiyya, lui-même, quelque part dans son œuvre:

Ahmad ibn Hanbal et les autres savants permirent la narration de hadiths regardant les vertus aussi longtemps que ce n’est pas du mensonge… comme il possible que la récompense puisse être vraie, quoiqu’aucun des Imams n’ont dit qu’il est permis de considérer quelque chose d’obligatoire (wajib) ou recommandé (moustahabb) par la voie de hadiths faibles, et quiconque dit cela diffère du consensus.[167]

Cependant, Ibn Taymiyya prétend “qu’aucun des Imams n’a déclaré une action recommandée par la voie d’un hadith faible, et quiconque dit ceci diffère du consensus” est évidemment incorrect, comme cela est prouvé par l’allusion indiscutable de Sakhawi aux dires de Nawawi déjà cités:

Les `oulama parmi les experts en hadiths et les experts en Lois et autres ont dit… par exemple, si un hadith faible était cité au sujet la répréhensibilité (karahat) de certains genres de ventes ou de mariages…ce qui est récommandé (moustahabb) est d’éviter ces ventes et mariages, mais ce n’est pas obligatoire.

Abou al-Wafa' Ibn `Aqil al-Hanbali (d.513)

Comme al-Harawi al-Ansari, il était un hafiz et un faqih de l’école Hanbali; il fut un ardent défenseur de la Sunna et du tassawwouf. Il est considéré comme un revivificateur de l’école de l’Imam Ahmad, quoiqu’il eut plusieurs maîtres appartenant à différentes écoles. Comme plusieurs Soufis de son école entre autre Ibn Qoudama (d.620) et al-Toufi (d.715), Ibn `Aqil considérait al-Hallaj comme un wali (saint) et ne douta pas de sa sincérité ni de sa vertu. Ibn al-Jawzi rapporta qu’il avait en sa possession la copie autographiée d’un traité d’Ibn `Aqil écrit en éloge à al-Hallaj, intitulé jouz' fi nasr karamat al-Hallaj (Opuscule à l’éloge du don d’al-Hallaj). Ibn 'Aqil était universel et dans son Kitab al-founoum se serait étendu sur huit cent volumes dont un seul est encore existant.[168]

suite de la position des Savants

Sommaire


[45] Ibn al-Jawzi, Sifat al-sawfa 2(4):10 (#570).

[46] Ibn al-Qayyim, Rawdat al-mihibbin p.225.

[47] Abu Nu’aym, Hilyat al-awliya’ 6:155.

[48] Ibn Taymiyya, al-Tassawwouf dans Majmou’a al-fatawa al-koubra 11:16.

[49] Rapporté par Mouslim, Ahmad, Tirmidhi, et Ibn Majah.

[50] Dans Ghazali, trad. T.J.Winter, l'évocation de la mort p.18.

[51] Ibn ‘Abidin, Hashiyat radd al-muhtar ‘ala al-durr al-mukhtar 1:43.

[52] Ibn Qayyim, Madarij al-salikin; Ibn al-Jawzi, Sifat al-safwa (Béirut: dar al-kutub al-‘ilmiyya, 1403/1989) 1 (2):203 (#254); Abu Nu’aym, Hilyat al-awliya, s.v. “Abu Hashim al-Sufi.”

[53] Ibn al-Jawzi, op. Cit.

[54] Ibn al-Jawzi, Sifat al-safwa 1(2):120.

[55] `Ali al-Qari, Charh ‘ayn al-‘ilm wa-zayn al-hilm (Le Caire: Maktabat al-Thaqafa al-Diniyya, 1989) 1:33; Ahmad Zarrouq, Qawa’id al-tassawwouf (Le Caire, 1310); `Ali al-`Adawi, Hachiyat al-`Adawi `ala charh Abi al-Hassan li-rissalat Ibn Abi Zayd al-moussammat kifayat al-talib al-rabbani li-rissalat Ibn Zayd al-Qayrawani fi madhhab Maalik (Béyrout?: Dar Ihya’ al-Koutoub al-‘Arabiyah, <n.d.>) 2:195; Ibn ‘Ajiba, Iqaz al-himam fi sharh al-hikam (Le Caire: Halabi, 1392/1972) p.5-6.

[56] Ibn ‘Ajiba, Iqaz al-himam 5-6.

[57] Souyouti, Ta’yid al-haqiqa al-‘aliyya p.15

[58] al-‘Ajlouni, Kashf al-Khafa wa mouzil al-albas 1:341 (#1089).

[59] Al-Saffarini, Ghidha’ al-albab li-sharh manzoumat al-adab (Le Caire: Matba’at al-Najah, 1324/1906) 1/120.

[60] Cité dans le livre Tanwir al-Gouloub, p.405. par cheick Amin al-Kourdi.

[61] ‘Abd al-Qahir al-Baghdadi, Kitab Ousoul al-Din p.308-309; Taj al-Din Soubki, Tabaqat al-shafi’iyya 2:275; Jamal al-Din al-Isnawi, Tabaqat al-Shafi’iyya 1 (#9)26-27.

[62] Al-Soubki le mentionne dans Tabaqat al-shafi’iyya. Une copie est disponible à la bibiothèque Chester Beatty, ,s. 3184 (2).

[63] Muslim, Iman; Ahmad 4:73.

[64] Al-Mouhassibi, Kitab al-Wassaya, ed. ‘Abd al-Qadir Ahmad ‘Ata (Le Caire, 1384/1964) 27-32.

[65] Al-khatib al-Baghdadi, Tarikh Baghdad 8:214.

[66] Soubki, Tabaqat al-shafi’iyya 2:279.

[67] Ceci est rapporté dans Sounan al-Bayhaqi (3:121), al-Moughni (2:186-187) et quelque part ailleurs.

[68] «La chaîne de transmission de cette histoire est fiable, mais le rapport en lui-même est rejeté, car mon coeur ne l’accepte pas. Je ne pense pas que Ahmad puisse faire chose pareille.» Dhahabi, Mizan al-I’tidal 1:430 (#1606).

[69] Al-Dhahabin, Siyar a`lam al-noubala', éd. Mouhammad ibn Hassan Moussa (Jeddah: Dar al-andalous, 1995) #508.

[70] Al-Dhahabi, mizan al-I’tidal 3:214

[71] al-Dhahabi, Mou’jam shouyoukal-Dhahabi, al-Mou-jam al-kabir, ed. Mouhammad Habib al-Hayla (Ta’if; Maktabat al-Siddiq, 1408/1988) 1:37.

[72] Ibid.1:48.

[73] Ibid.1:58.

[74] Ibid.1:72.

[75] Ibid.1:77.

[76] Ibid.1:91. Cf. Ibn Kathir, al-Bidaya 14:37, 106-107; Soubki, Tabaqat 9:20-22.

[77] Al-Dhahabi, Mou`jam chouyouk al-Dhahabi, 1:104.

[78] Ibid.1:131.

[79] Ibid.1;136

[80] Ibid.1:157-158.

[81] Ibid.1:322.

[82] Ibid.1:160.

[83] Ibid.1:163.

[84] Ibid.1:184.

[85] Ibid.1:209.

[86] Ibid.1:216.

[87] Ibid.1:222.

[88] Ibid.1:253.

[89] Ibid.1:258.

[90] Ibid.1:277.

[91] Ibid.1:298.

[92] Ibid.&:314.

[93] Ibid.1:323-324.

[94] Ibid.1:339.

[95] Ibid.1:379.

[96] Ibid.1:381.

[97] Ibid.1:393-394.

[98] Ibid.1:399.

[99] Ibid.1405.

[100] Ibid.1:415.

[101] Ibid.1:421.

[102] Ibid.&:441.

[103] Ibid.2:49.

[104] Ibid.2:83.

[105] Ibid.2:90.

[106] Ibid.2:100.

[107] Ibid.2:101.

[108] Ibid.2:139-140.

[109] Ibid.2:143.

[110] Ibid.2:146.

[111] Ibid.2:148.

[112] Ibid.2:181

[113] Ibid.2:193.

[114] Ibid.2:195.

[115] Ibid.2:205.

[116] Ibid.2:216.

[117] Ibn Kathir dans al-Bidaya 14:75, Soubki dans Tabaqat 9:162.

[118] Al-Dhahabi dans Mou`jam chouyouck al-Dhahabi, 2:244.

[119] Ibn Kathir dans al-Bidaya 14:131-132, Ibn Hajar dans al-Dourar al-Kamina 4:193, al-Soubki dans Tabaqat 9:191.

[120] Al-Dhahabi dans Mou`jam chouyouck al-Dhahabi, 2:267.

[121] Ibid.2:282-283/

[122] Ibid.2:323-324.

[123] Ibid.2:325.

[124] Ibid.2:331.

[125] Ibid.2:335-336.

[126] Ibid.2:403.

[127] Ibid.2:405.

[128] al-Dhahabi dans Tadhkirat al-houffaz (Béirout: Dar al-Koutoub al-`Ilmiyah).

[129] Soubki, Q’ida p.53.

[130] Ibn al-Jawzi, Sifat al-sawfa 2(2):200 (#763).

[131] Ibid.

[132] Dans ‘Afif al-Din Abou Mouhammad ‘Abd Allah Asad al-Yafi’I (d. 768), Nashr al-mahassin al-ghaliya fi fadl mashayikh al-soufiyya (Béyrut: Dar Sadir, 1975)

[133] al-Jounayd, Kitab dawa’ al-arwah, ed. & trad. A.J.Arberry dans le journal de la Société Royale Asiatique (1937).

[134] Hadith moursal mawqouf rapporté par al-Hakim de Makhoul, Ibn al-Moubarak de Abou al-Darda’, et Daylami de Abou Hourayra. Souyouti le cite dans al-Dhourr al-manthur 6:86.

[135] Boukhari, Mouslim, Ibn Majah, Tirmidhi, Ahmad.

[136] Ibn Majah, Tirmidhi, al-Hakim.

[137] Al-Hakim al-Tirmidhi, Adab al-mouridin, ed. ‘Abd al-Fattah ‘Abd Allah Baraka (Le Caire: Matba’at as-sa’adat, 1976) p. 33-41.

[138] ‘Abd al-Qadir al-Baghdadi, al-Farq bayn al-firaq (Béïrut: dar al-koutoub al-‘ilmiyya,n.d.) 242-243.

[139] ‘Abd al-Qadir al-Baghdadi, Ousoul al-din p.315-16.

[140] Al-Qoushayri, al-Rissala, traduit par B.R. Von Schlegell, Les principes du Soufisme (Berkeley: Mizan Press, p. 301-307.

[141] La chaîne des maîtres Naqshbandi au temps de al-Kharqani est comme suit: Abou yazid al-Bistami ® Abou al-Hassan al-Kharqani ® Abou ‘Ali al-Farmadi (le maître de Ghazali) ® Abou Youssouf al-Hamadani ® Abou al-‘Abbas al-Khidr ® ‘Abd al-Khaliq al-Ghoujdawani.

[142] Ibn Rajab, Dhayl ‘ala tabaqat al-hanabila (Damas, 1951) 1:64-85.

[143] Edité par A.J. Arberry, “La Biographie Ansari de Jami” dans Le Trimestriel Islamique (Juillet-Décembre 1963) p. 57-82.

[144] Al-Ghazali, al-Mounqidh min al-dalal, p.131.

[145] Ibn `Ajiba, Iqaz al-himam p.8.

[146] Al-`Iraqi le cite dans Bayhaqi sur l’autorité d’Ibn `Abbas et sa chaîne de transmission contien Mouhammad ibn `Abd al-Rahman ibn Ghazwan, l’un des faussaires.

[147] Tirmidhi: hassan; Nissa'I; `Iraqi ne pas considéré de faible (la chaîne de transmission)

[148] Mouslim.

[149] Un hadith sahih rapporté par Tirmidhi, Ahmad, Tabarani, Ibn Majah, Ibn Hibban, al-Hakim, et Qouda`i.

[150] Note du traducteur: lire Toussi.

[151] Salah al-Din Khalil ibn Aybak al-Safadi, al-Wafi bi al-wafayat (Wiesbaden, 1962-1984) 1:274-277 (#176).

[152] Taha Jaber al-`Alwani, Ousoul al-fiqh: La source de la Méthodologie en Jurisprudence Islamique, ed. Youssouf Talal Delorenzo (Herndon, VA: IIIT, 1411/1990) p. 50.

[153] Reliance of the Traveller (La Dépendance du Voyageur) p. 1048.

[154] Ibn al-Jawzi, Kitab al-qoussas wa al-moudhakkirin p.201.

[155] Ibn al-Jawzi, al-Moutazam 9:169.

[156] Taqi al-Din al-Soubki, Tabaqat al-shafi`iyya 4:179-182.

[157] Voir al-Hakim, al-madkhal li `ilm al-hadith (le début), le Dala'il al-noubouwwa de al-Bayhaqi (l’introduction), al-Tibyan fi`ouloum al-qour’an p.17. de Nawawi. Celui-ci dit:”Les savants sont d’accord sur la légitimité de l’usage de faibles hadiths dans le domaine de travaux vertueux.” Al-Sakhawi déclara l’opinion du consensus des savants sur cette question dans l’épilogue de son al-Qawl al-badi`fi al-salat `ala al-habib al-shafi` (L’admirable doctrine conernant l’invocation des saluts sur le bien-aimé intercesseur) (Béirut: dar al-koutoub al-`ilmiyya, 1407/1987) p.245-246.

[158] T.J Winter, traduction du “Evocation de la Mort” de Ghazali (Cambridge: Islamic Texts Society,1989), Introduction,p.xxix n.63.

[159] al-Dhahabi, Mizan al-i`tidal 3:214.

[160] Al-Ghazali, al-Mounqidh min al-dalal (Damas, 1956) p.40.

[161] Ibn Hajar al-Haytami, Fatawa hadithiyya (Le Caire: al-Halabi, 1970)p.331.

[162] Ibn Hajar, Hadi al-sari, éd. Ibrahim `Atwa `Awad (Le Caire, 1963) p.21.

[163] al-Hakim, al-Madkhal ila ma`rifat al-iklil, éd. & trad. James Robson, Une introduction à la Science de Tradition (Londres: Société Royale Asiatique de Grande Bretagne et Irlande, 1953) p.11.

[164] al-Sakhawi, al-Qawl al-badi` fi al-salat `ala la-habib al-shafi`(L’admirable doctrine concernant l’invocation sur le bien-aimé intercesseur) (Béirut: dar al-koutoub al-`ilmiyya, 1407/1987) p.245-246.

[165] Ibn Taymiyya, Qa`ida jalila p.82.

[166] Ibn al-`Arabi al-Maliki, `Aridat al-ahwadhi 5:201.

[167] Ibn Taymiyya, Qa`ida fi al-tawassoul wa al-wassila, éd. Rabi`a ibn hadi `Oumayr al-Moudkhali, p.162 (#478).

[168] Voir l’article de George Makdis dans l’encyclopédie de l’Islam, 2nd éd., s.v. “Ibn 'Akil.”

© Encyclopédie de la doctrine islamique, Shaykh Muhammad Hisham Kabbani

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