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 »  Le Soufisme: Tassawwouf  


IV - DIRES ET ECRITS DES IMAMS ET SAVANTS AU SUJET DU TASSAWOUF
(suite)

Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani (d.561)

L’éminence parmi les grands saints, surnommé al-Ghawth al-a'zam ou l’Aide par excellence, il était aussi un éminent juriste de l’école Hanbali. Son affiliation à l’école Chafi'I et à Abou Hanifa ont été mentionnée. Il fut le disciple d’éminents saints en autre ; Abou al-Khayr Hammad ibn Mouslim al-Dabbas (d.525) et Khwaja Abou Youssouf al-Hamadani (d.535), second dans la lignée après Abou al-Hassan al-Kharqani (le cheick d’al-Harawi al-Ansari) dans la première chaîne d’autorité Naqshbandi.

Les plus fameux travaux de Cheick 'Abd al-Qadir sont:

· al-Qhounya li talibi tariq al-haqq (La suffisante provision pour les chercheurs sur la voie de la vérité); c’est l’une des présentations les plus précises du madhhab de l’Imam Ahmad ibn Hanbal ait jamais écrit, y comprit l’enseignement solide d’Ahl al-Sounna sur l`aqida et le tassawwouf;
· al-Fath al-rabbani (L’ouverture du Seigneur), une collection de sermons pour les élèves et enseignants de la voie Soufie et tous ceux attirés par la perfection; comme son titre l’indique, ce livre apporte à ses lecteurs un immense profit et une élévation spirituelle;
· Foutouh al-ghayb (Les ouvertures de l’invisible), une autre collection de sermons plus avancés que le précédent et tout aussi précieux. Les deux ont été traduits en anglais;[169]

Du fait de sa position dans l’école Hanbali, `Abd al-Qadir était très respecté par Ibn Taymiyya, qui lui donna aussi le titre de «mon Cheick» (cheickhouna) dans son fatawa, pendant qu’il réservait le titre «mon Imam» (imamouna) à Ahmad ibn Hanbal. Il citait fréquemment Gilani et son cheick al-Dabbas comme étant parmi les meilleurs Soufis des derniers temps.

Les karamat ou miracles d’`Abd al-Qadir sont trop nombreux pour être énumérés. L’un d’eux consiste au don de guider qui était manifeste dans son parlé et à travers lequel plusieurs milliers entrèrent dans Islam ou se repentirent. Al-Chattanawfi dans Bahjat al-asrar mentionne plusieurs de ses miracles, donnant à chaque fois une chaîne de transmission. Ibn Taymiyya prit ces rapports pour satisfaire les critères d’authenticité, mais son élève al-Dhahabi, même s’il prétendait croire de manière générale aux miracles d’Abd al-Qadir, mécroit, malgré tout, à plusieurs d’entre eux. Nous avons déjà vu ce trait de caractère d’al-Dhahabi dans son doute au sujet du solide rapport et de l’admiration de l’Imam Ahmad pour al-Mouhassibi. Voici ses dires au sujet de Gilani dans Siyar a`lam al-noubala´:

[#893] al-cheick `Abd al-Qadir (Al-Jilani): Le cheick, l’imam, le savant, le zahid, le connaisseur, l’exemplaire, Cheick Al-Islam, le distingué parmi les Awliya… le Hanbali, le cheick de Bagdad… Je dis: Il n’y en a aucun parmi les grands cheicks qui a plus d’états spirituels et de miracles (karamat) que Cheick `Abd al-Qadir, mais beaucoup de ces miracles ne sont pas vrais et certaines de ces choses sont impossibles.[170]

Voici le récit suivant de la première rencontre de Gilani avec al-Hamadani et rapporté par Haytami dans son Fatawa hadithiyya:

Abou Sa`id `Abd Allah ibn Abi `Asroun (d.585), l’Imam de l’école Chafi`i, dit: «Lorsque je commençai à chercher la connaissance religieuse, je restais en compagnie de mon ami Ibn al-Saqa qui était un élève de l’école Nizamiyya, et il était de notre habitude de rendre visite aux pieux. Nous avons appris qu’il y avait à Bagdad un homme du nom de Youssouf al-Hamadani qui était connu comme al-Ghawth, et qu’il était capable d’apparaître et de disparaître toutes les fois qu’il le voulait. Ainsi, donc je décidai de lui rendre visite avec Ibn al-Saqa et Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani, qui était jeune en ce temps-là. Ibn al-Saqa dit, «Lorsque nous visiterons Youssouf al-Hamadani, je lui poserai une question dont il ne connaîtra pas la réponse.» Je dis: «Je vais lui poser aussi une question et je veux voir ce qu’il va dire.» Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani dit: «O Allah, épargne-moi de questionner un saint comme Youssouf al-Hamadani, mais j’irai en sa présence pour solliciter sa baraka – bénédiction – et sa connaissance divine.»

«Nous entrions dans son cercle d’étude. Il se rendit invisible et nous n’arrivions pas à le voir pendant un certain temps. Il regarda sévèrement Ibn al-Saqa et dit: «O Ibn al-Saqa, comment oses-tu me poser une question alors que ton intention est de me confondre? Ta question est celle-ci et ta réponse est celle-là!» Ensuite il dit: «Je vois le feu de la mécréance brûlé dans ton cœur.» Il me regarda et dit, «O `Abd Allah, es-tu en train de me poser une question et attendre ma réponse? Ta question est celle-ci et ta réponse celle-là. Les gens sont mécontents de toi parce que leur attention est distraite par ton manque de respect à mon égard.» Ensuite il regarda Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani, le fit asseoir près de lui et l’honora. Il dit: «O `Abd al-Qadir, tu as satisfait Allah et Son Prophète par ton respect pour moi. Je te vois assis dans le futur à la plus haute place à Bagdad, prêchant, enseignant aux gens et leur disant que tes pieds sont sur le cou de chaque wali! Et, je vois, chaque wali de ton temps te donner la préséance à cause de ton rang et ton honneur.»

Ibn Abi `Asroun continue, «La renommée d’Abd al-Qadir devint très populaire et tout ce que Cheick al-Hamadani avait dit à son sujet arriva. Il fut un temps où il dit, «Mes pieds sont sur le cou de tous les awliya,» et il fut une référence et un flambeau en son temps, illuminant les gens jusqu’à leur destination.

Le sort d’Ibn al-Saqah fut autre chose. Il était brillant dans sa connaissance de la loi divine. Il devançait tous les savants de son temps. Il avait l’habitude de débattre avec les savants de son temps et les vaincre, jusqu’à ce que le caliphe l’admit dans son cercle. Un jour le calife l’envoya comme émissaire chez le Roi de Byzance, qui à son tour fit appel à tous ses prêtres et savants de la religion Chrétienne pour débattre avec lui. Ibn al-Saqa les vaincu tous. Ils furent incapables de donner des réponses en sa présence. Il leur donna des réponses qui les rendirent comme des enfants et de simples élèves en sa présence.

Sa brillance fascina tellement le Roi de Byzance qu’il l’invita à une rencontre privée avec la famille royale. A cette rencontre, il vit la fille du Roi. Il tomba immédiatement amoureux d’elle, et il demanda au Roi la permission de l’épouser. Elle refusa à moins qu’il accepta sa religion. Il accepta, abandonnant ainsi l’Islam et acceptant la religion Chrétienne de la princesse. Après son mariage, il tomba sérieusement malade. Ils le chassèrent du palais. Il devint un mendiant dans la ville, quémandant de la nourriture, mais personne ne lui en fournissait. L’obscurantisme s’abattit sur son visage.

Un jour, il vit quelqu’un qu’il connaissait. Cette personne rapporte: «je lui demandai, qu’est-ce qui t’es arrivé?» Il répondit: «Il y avait une tentation et j’y suis tombé.» L’homme lui demanda: «Te souviens-tu de quelque chose du Coran?» Il répondit: «Je me souviens seulement de roubbana yawaddu al-ladhina kafarou law kanou muslimin…«Encore ceux qui mécroient voudraient avoir été Musulmans» (15:2).

Il tremblait comme s’il allait rendre son dernier souffle. Je le tournai en direction de la Ka`aba, mais il ne faisait que se tourner en direction de l’est. Encore, je le tournai en direction de la Ka`aba, mais il tourna en direction de l’Est. Je le tournai pour une troisième fois en direction de la Ka`aba, mais il se retourna en direction de l’Est. Comme son âme alors le quittait, il dit: «O Allah; ceci est le résultat de mon manque de respect à Ton saint, Youssouf al-Hamadani.»

Ibn Abi `Asroun continue: «Je partis à Damas et le Roi là-bas, Nour al-Din al-Chahid, m’offrit le contrôle du département des affaires religieuses que j’acceptai. En conséquence, la dunya entra de tous les côtés: provisions, subsistance, l’honneur, l’argent, et une position pour le reste de ma vie. Ceci est ce que le ghawth Youssouf al-Hamadani avait prédit pour moi.»[171]

Ibn al-Jawzi (d.597)

Ce maître de hadiths et historien de l’école Hanbali était un ennemi farouche des innovateurs de son temps.[172] Son Talbis Iblis (L’illusion de Satan) est souvent cité par les “Salafis” pour s’opposer au tassawwouf, mais en réalité il le rédigea seulement contre certains excès qu’il observa dans tous les groupes de la communauté, dont les savants de tous genres y compris les Soufis.

Talbis Iblis est peut-être le seul et le plus important facteur existant exprimant la notion d’hostilité d’Ibn al-Jawzi envers le tassawwouf. En réalité, cette œuvre ne fut pas écrite en guise d’hostilité contre le tassawwouf et les Soufis. C’est une critique de toutes les doctrines et pratiques, peu importe leurs sources, et opposées à tout ce qu’il considérait d’innovations injustifiées dans la Chari`a, où que ce soit dans la communauté Musulmane de son temps. Ce fut écrit contre des pratiques spécifiques innovées de plusieurs groupes, y compris les philosophes (al-moutafalsifa), les théologiens (al-moutakallimoun), les savants de hadiths (`oulama´ al-hadith), les juristes (al-fouqaha´), les prêcheurs (al-wou`az), les philologues (al-nahawiyyoun), les poètes (al-chou`ara´), et certains Soufis. Ce ne fut en aucun cas, une critique des sujets qu’ils étudièrent ou enseignèrent, mais une critique contre des introductions spécifiques d’innovations dans leurs disciplines et champs respectifs.

Ibn al-Jawzi rédigea plusieurs livres de “mérites” (manaqib) au sujet des premiers Soufis dont Manaqib Rabi`a al-`Adawiyya, Manaqib Bishr al-Hafi, et autres. Son Sifat al-safwa (Les manières des élites) un abrégé du Hilyat al-awliya´ (L’ornement des saints) d’Abou Nou`aym, et son Minhaj al-qassidin wa moufid al -sadiqin (La voie des voyageurs vers Allah et le dirigeant à la vérité) sont considérés comme des piliers dans le champ du tassawwouf. Il fut encouragé à écrire le dernier livre à cause du succès du Ihya´ `ouloum al-din de Ghazali, et en vérité le Minhaj adopte en majorité la méthodologie et le language du Ihya´ en addition au fait qu’il traite du même sujet, l’auto-purification et les éthiques personnelles.

Le Minhaj fut résumé en un volume par Najm al-Din Abou al-`Abbas Ahmad ibn Qoudama (d.742). Voici certains de ses titres de chapitres et extraits les plus illustratifs de l’influence de Ghazali sur Ibn al-Jawzi et l’adoption des terminologies Soufies de ce dernier:

· Fasl `ilm alwal al-qalb (Section sur les sciences des états du cœur)
· Fasl fi qaqa’iq al-adab al-batina wa al-ishara ila adab al-hajj (Section sur les éthiques des secrets du Pèlerinage)
· Kitab riyad al-nafs wa tahdhib al-khoulouq wa mou`alajat amrad al-qalb (Le livre du dressage de l’égo, l’éducation du caractère et le traitement des maladies du cœur)
· Fasl fi fa’idat shahawat al-nafs (La section sur le bénéfice de l’appétit de l’égo)
· Bayan al-riya´ al-ladhi houwa akhfa min dabib al-naml (L’exposition de l’ostentation cachée qui est plus sournois que le bruit des pas d’une fourmi)
· Fasl fi bayan ma youhbitou al-`amal min al-riya' wa ma la youhbit (La section de l’exhibition de l’ostentation qui annule les actions de l’un et l’ostentation qui n’en fait pas)
· Fasl fi dawa' al-riya' wa tariqatou mou`alajat al-qalbi fih (La section sur les remèdes de l’ostentation et la voie du traitement du cœur et de ses maux)
· Kitab al-mahabba wa al-chawqi wa al-ounsi wa la-rida (Le livre de l’amour, le désir passionné, la familiarité et le bon plaisir)
· Fasl fi bayan mi`na al-shawq ila allahi ta`ala (La section définissant le sens de l’amour passionné pour Allah)
· Bab fi al-mouhassaba wa al-mouraqaba (Chapitre sur l’auto-méditation et la vigilance)

- al-maqam al-awwal: al-moucharata (Le premier niveau: l’engagement)
- al-maqam al-thani: al-mouraqaba (Le deuxième niveau: la vigilance)
- al-maqam al-thalith: al-mouhassaba ba`da al-`amal (Le troisième niveau: l’auto-jugement après une action)
- al-maqam-al-rabi`: mou`aqabat al-nafs `ala taqsiriha (Le quatrième niveau: réprimander l’égo pour ses défauts)
- al-maqam al-khamis: al-moujahada (Le cinquième niveau: la lutte)
- al-maqam al-sadis: fi mou`atabat al-nafs wa tawbikhiha (Le sixième niveau: réprimander et critiquer sévèrement l’égo)

Abou Bakr al-Siddiq dit: «Quiconque hait son égo pour la cause d’Allah, Allah le protégera contre ce qu’Il hait.»

Anas dit: «`J’entendis `Oumar dire, un jour, qu’ il était seul derrière un mur: «Bakh, bakh! Bravo, bien fait, O mon égo! Par Allah, tu es mieux d’avoir peur d’Allah; O petit enfant de Khattab, autrement je te punirai!»

Al-Bakhtari ibn Haritha dit: «Je vis l’un des adorateurs assis devant un feu qu’il avait allumé et il punissait son égo; et il ne cessa de le punir jusqu’à ce qu’il mourru.»

L’un d’entre eux dit: «Lorsque les saints sont mentionnés, je me dis: Mépris à toi O mon nafs et mépris à toi encore O mon nafs

Sache que ton pire ennemi est ton égo qui réside entre tes deux flancs. Il a été créé comme un tyran ordonnant, et te poussant toujours vers le mal, on t’a ordonné de le dresser, le purifier (tazkiyat), le sevrer de ce dont il se nourrit, le trainer en chaîne, le soumettre à l’adoration de son Seigneur.[173]

Imam Fakr al-Din Razi (d.606)

«Un savant Chafi`i de génie et un Imam moujtahid en doctrine de la foi, il fut parmi les figures les plus en vue de son temps dans la maîtrise de la logique et les sciences traditionelles Islamiques, et il préserva la religion d’Ahl al-Sunna de la déviation des Mou`tazilites, des Chïites, des Anthropomorphistes et autres sectes aberrantes de son temps.»

Il rédigea dans son I`tiqadat firaq al-mouslimim wa al-mouchrikin:

Le sommaire de ce que disent les Soufis c’est que la voie de la connaissance d’Allah est l’auto-purification et la renonciation à l’attachement matériel, et ceci est une excellente voie… Les Soufis sont un groupe qui travaille avec réflection sur le détachement du soi et des pièges de la vie matérielle. Ils luttent afin que leurs cœurs soient uniquement occupés avec le souvenir d’Allah dans toutes leurs besognes et actions, et ils sont caractérisés par la perfection de leurs manières dans les relations avec Allah. En vérité ce sont les meilleurs de toutes les races des êtres humains.[174]

Abou al-Hassan al-Chadhili (d.656)

L’un des grands saints de la Communauté, dit au sujet du tassawwouf:

Celui qui meurt sans être entré dans cette connaissance qui est la nôtre meurt en insistant sur ses péchés graves (kaba'ir) sans le réaliser.[175]

Soultan al-`Oulama' al-`Izz ibn `Abd al-Salam al-Soulami (d.660)

Son surnom est «Le Sultan des Savants.» Le Cheick al-Islam de son temps, il étudia le hadith sous le hafiz al-Qassim ibn `Ali ibn `Assakir al-Dimachqi, et le tassawwouf sous le cheick al-Islam Chafi`i Chihab al-Din al-Souhrawardi (539-632), lequel al-Dhahabi appelle: «Le cheick, l’imam, le savant, le zahid, le connaisseur, le mouhaddith, le Cheick al-Islam, le hors pair des Soufis…»[176] Il étudia aussi sous Abou al-Hassan al-Chadhili (d.656) et son disciple al-Moursi. L’auteur de Miftah al-sa`ada et al-Soubki dans son Tabaqat rapportent qu’al-`Izz disait à chaque fois qu’il entendait al-Chadhili et al-Mourssali parler: «Ceci est le genre de discours qui vient fraîchement d’Allah.»[177]

Dans ses deux volumes Qawa`id al-ahkam fi massalih al-anam sur ousoul al-fiqh il mentionne que les Soufis sont ceux au sujet desquels Allah dit: «Le parti d’Allah» (5:56, 58:22), il définit le tassawwouf comme «l’amélioration des cœurs à travers lesquels la santé des corps est saine et à travers lesquels les maladies des corps sont des maux.» Il considéra la connaissance des règles légales externes comme une connaissance de la Loi dans ses généralités, tandis que la connaissance des matières internes est une connaissance de la Loi dans ses détails les plus fins.[178]

Parmi ses livres sur le tassawwouf il y a:

· Charjarat al-ma`arif wa al-ahwal wa salih al-aqwal wa al-a`mal (L’arbre des sciences gnostiques, états, déclarations pieuses et actions) s’étendant sur vingt chapitres dont les septs derniers sont consacrés aux branches variées de l’ihsan dans la religion du croyant;
· Moukhtassar ri`ayat al’Mouhassibi, un abrégé du livre d’al-Mouhassibi sur l’Observance des droits d’Allah;
· Massa'il al-tariqa fi `ilm al-haqiqa (Questions sur la voie Soufie concernant la connaissance de la Réalité) dans lequel al-`Izz répond à soixante questions au sujet du tassawwouf;
· Rissala fi al-qutb wa al-abdal al-arba`in (Traité sur le Pôle des saints et les quarantes successeurs);
· Fawa'id al-balwa wa al-mihan (Les bénéfices des épreuves et des afflictions);
· Nihayat al-roughba fi adab al-souhba (L’obtention des vœux dans l’étiquette de la compagnie).

Malgré sa rigueur en toute matière, il est très connu pour son acceptation de la sama` ou les récitals poétiques, les mouvements du corps et la danse[179] associés avec des transes et autres états d’extase au cours du dhikr. L’Imam Ahmad rapporta dans son Mousnad:

`Ali dit: Je visitai le Prophète avec Ja`far (ibn Abi Talib et Zayd (ibn Haritha). Le Prophète dit à Zayd: «Tu es mon homme affranchi» (anta mawlay), à la suite duquel Zayd commença à sautiller sur son pied autour du Prophète (hajala). Le Prophète dit ensuite à Ja`far: «Tu me ressembles dans ma création et dans mes manières» (anta achbahta khalqi wa khoulouqi), à la suite duquel Ja`far commença à sautiller derrière Zayd. Le Prophète me dit ensuite: «Tu fais partie de moi et je fais partie de toi» (anta minni wa ana minka) je commençai à sautiller derrière Ja`far.[180]

Cheick al-Islam Ibn Hajar al-Haytami mentionne que certains savants ont déduit à partir de cette évidence la permissibilité de danser (al-raqs) à l’écoute d’un récital qui élève l’esprit.[181] al-Yafi`i est en accord avec lui dans Mir'at al-jinan.[182] Les deux mentionnent al-'Izz ibn `Abd al-Salam comme l’exemple parfait de tel savants dans la mesure où il est authentiquement rapporté que lui-même «prit part au sama`et dansa en état d’extase» (kana yahdourou al-sama` wa yarqoussou wa yatawajadou), comme cela est confirmé par Ibn al-`Imad sur l’autorité d’al-Dhahabi, Ibn Chakir al-Koutabi, al-Yafi`i, al-Nabahani et Abou al-Sa`adat.[183]

Cette permissibilité d’un type de danse de la part des Imams et des maîtres de hadiths exclue l’interdiction du sama` sur une base générale, aussi bien que la danse qui accompagne la sama`, sans égard aux réserves d’Ibn Taymiyya à ce sujet. Dans le langage des «Salafis» d’aujourd’hui, cela devient un interdit nul et non avenu.

Quant aux cas particuliers où la danse peut être interdite, il s’agit là des genres mondains de danse efféminée qui n’a rien avoir avec l’extase du sama` et du dhikr. Al-`Izz ibn `Abd al-Salam différencia les deux types dans ses Fatwas:

Danser est une bid`a ou une innovation qui n’est approuvé que par celui qui a une carence dans l’esprit. Elle n’est convenable que pour les femmes. En ce qui concerne l’écoute de la poésie (sama') qui excite vers les états de la pureté (ahwal saniyya), qui rappelle l’au-delà: il n’y a rien de mal en cela, au contraire cela est recommandé (bal youndabou ilayh) pour les cœurs tièdes et endurcis. Cependant, celui qui dissimule des idées malsaines en son cœur il ne lui est pas permis de prendre part au sama', car le sama' excite tout désir déjà présent dans le cœur, le désirable et le détestable.[184]

Il dit aussi dans son Qawa`d al-ahkam:

Danser et applaudir sont une mauvaise manifestation ressemblant à celle des femmes que personne ne tolère sauf les hommes frivoles et les menteurs… quiconque comprend la grandeur d’Allah ne peut s’imaginer en train d’applaudir et de danser car ces actes ne sont performés que par l’ignorant grossier, non par ceux qui ont un mérite et une intelligence et la preuve de leur ignorance est que la Chari`a n’a cité aucune preuve de ces actions dans le Coran et la Sunna, et aucun des Prophètes et leurs illustres compagnons ne le firent.[185]

al-`Izz sur la Supériorité du Rang des awliya' Sur Celui des `oulama

Al-`Izz ibn `Abd al-Salam fut questionné dans sa Fatwa au sujet de la validité des déclarations de Qouchayri et Ghazali ¨que le plus haut niveau parmi les serviteurs d’Allah après les Messagers et Prophètes est celui des saints (awliya'), suivi de celui des savants (`oulama'). Il répondit:

Concernant la priorité des connaisseurs d’Allah sur les connaisseurs des lois d’Allah, les dires des maîtres Qouchayri et Abou Hamid (al-Ghazali) sont confirmés. Aucune personne, dotée de sens, ne doute que les connaisseurs d’Allah… non seulement sont les meilleurs que les connaisseurs des lois d’Allah, mais sont aussi meilleurs que ceux qui connaissent les branches et les racines de la religion, parce que le rang d’une science est selon ses buts immédiats… La plupart du temps les savants sont voilés par leur connaissance qu’ils ont d’Allah et de Ses attributs, autrement dit, ils seraient parmi les gnostiques dont la connaissance est continue, comme cela convient à la demande de la vraie vertu. Et, comment les gnostiques et les juristes puissent être les mêmes quand Allah dit: «Le plus noble parmi vous, auprès d’Allah est le plus pieux» (49:13)?.. et par les «savants» (`oulama´) quand Il dit «Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah» (35:28), Il fait cas de ceux qui Le connaissent, de même que Ses attributs, et Ses actions, et non ceux qui connaissent Ses lois… Un signe de la supériorité des gnostiques par rapport aux juristes est qu’Allah fait des miracles aux mains des premiers, mais jamais aux mains du deuxième groupe, à l’exception de ceux qui entrent dans la voie des gnostiques et acquièrent leurs caractéristiques.[186]

Ce ne fut pas nécessaire qu’al-`Izz introduise les savants de hadiths dans la mesure où ceux-ci sont considérés d’un niveau inférieur aux savants de fiqh et sont par conséquent inclus avec eux en-dessous des saints. Ibn Abi Zayd al-Maliki rapporte Soufyan ibn `Ouyayan disant: «L’hadith conduit à l’égarement sauf les fouqaha´,» et le compagnon de Malik, Ibn Wahb dit: «Tout maître de hadith qui n’a pas d’Imam en fiqh est égaré (dall). Si Allah ne nous avait pas sauvé avec Malik et al-Layth, nous aurions été égarés.»[187] Nous avons déjà mentionné l’avertissement de l’Imam Malik ¨ que la religion ne consiste pas en la narration de quantité de hadiths mais plutôt en la lumière qui prend siège dans la poitrine.

Imam Nawawi (d.676)

L’un des grands savants Soufis, le plus stricte des maîtres de hadiths des temps derniers et le plus méticuleux des juristes, Cheick al-Islam Mouhyiddin Yahya ibn Charaf al-Nawawi est avec al-Rafi`i les principales références de l’école Chafi`i des derniers temps. Ses livres restent toujours d’autorité dans la méthodologie de la loi, dans le commentaire du Coran et dans le hadith. Son commentaire de sahih Mouslim est en deuxième position après celui d’Ibn Hajar sur sahih Boukhari. Allah donna à sa fameuse compilation de Quarante Hadiths probablement plus de renommée et d’audience que tout autre livre de haditha, qu’il soit volumineux et petit, et permis à Nawawi d’être d’un immense bénéfice à la Communauté Islamique.

Nawawi était considéré comme un Soufi et un saint, comme cela est évident par les titres de quelques uns de ses travaux et celui de la biographie de Sakhawi intitulé Tarjamat cheick al-islam, qoutb al-awliya' al-kiram, faqih al-anam, mouhyi al-Din al-Nawawi (La biographie du Cheick de l’Islam, le Pôle des Nobles Saints, le Juriste de l’humanité, le Revivicateur de la Sunna et le Défenseur contre les innovations… al-Nawawi.)

Nawawi écrit dans son petit ouvrage intitulé al-Maqassid fi al-tawhid wa al-`ibada wa ousoul al-tassawwouf (Les buts de l’unicité, l’adoration et les fondations de l’auto-purification):

Les spécifications de la Voie des Soufis sont de cinq:

1. garder la Présence d’Allah en son cœur en public comme en privée;
2. pratiquer la Sunna du Prophète dans l’action comme dans le parlé;
3. se retirer des gens et ne pas avoir recours à eux;
4. être satisfait avec ce qu’Allah te donne même si cela est peu;
5. avoir toujours recours à Allah pour tous ses problèmes.[188]

Il rendit l’âme avant qu’il ne puisse finir son Boustan al-arifin fi al-zouhd wa al-tassawwouf (Le jardin des gnostiques dans l’ascétisme et l’auto-purification), qui est une collection précieuse des dires des premières et dernières générations des maîtres de tassawwouf élaborant sur quelques points de l’auto-purification. En voici quelques extraits:

Al-Chafi`i (qu’Allah lui accorde Sa Miséricorde) dit: «Seul le sincère (moukhlis) connait ce qu’est l’hypocrisie (riya').» Ceci signifie qu’il est impossible de connaitre la réalité de l’hypocrisie et voir ses aspects cachés sauf pour celui qui cherche de manière résolue la sincérité (arada). Celui-ci, lutte pendant une longue période, cherchant, méditant et examinant profondément en lui-même jusqu’à ce qu’il sache ou connaisse quelque chose au sujet de ce qu’est l’hypocrisie. Cela n’arrive pas à tout le monde. En vérité, ceci arrive seulement aux élites (al-khawass). Mais pour un individu donné, affirmer qu’il connait ce qu’est l’hypocrisie est signe d’ignorance de sa part.

Je mentionnerai, dans ce livre, un chapitre par la volonté d’Allah, dans lequel tu verras un type de merveille qui rafraîchira tes yeux. Pour illustrer l’étendue de la dissimulation de l’hypocrisie, nous avons seulement besoin de rapporter le récit suivant de la part du Professeur et Imam Abou al-Qassim al-Qouchayri, qu’Allah répande Sa miséricorde sur lui, extrait de sa Rissala avec notre isnad mentionné auparavant.

Il dit: «j’entendis Mouhammad ibn al-Houssayn dire: J’entendis Ahmad ibn Ali Jafar dire: J’entendis al-Hassan ibn Alawiyya dire: Abou Yazid [al-Bistami], qu’Allah soit satisfait de lui, dit: J’étais pendant douze années le forgeron de mon égo (haddadou nafsi), puis pendant cinq années je devint le miroir de mon cœur (mir'atou qalbi), puis pendant une année je regardai ce qui reposa entre les deux, et je vis autour de moi une ceinture visible [c’est-à-dire de koufr = signe vestimentaire d’un sujet non-musulman d’un état Islamique]. Alors, j’ai luttai pendant douze années pour la couper et je la vis encore, et je la vis cachée autour de moi. Ensuite, je m’attelai pendant cinq années à voir comment la couper. Alors, je fus dévoilé (kouchifa li) et lorsque je regardai la création, je vis qu’ils étaient tous morts. Je récitai alors la prière funèbre sur eux.»

Je dis: Cette hypocrisie étant aussi énigmatique que les maîtres de cette voie [c’est-à-dire le tassawwouf] qui n’ont pas d’égal montre combien de fois il reste dissimulé. Sa phrase: «Je les vis tous morts» est le sommet de la valeur, de la beauté et la rareté autre que les mots du Prophète, la Paix et la Bénédiction d’Allah sur lui, regorge d’une telle richesse en significations. Je toucherai brièvement à ces significations. Le sens est qu’après qu’il ait lutté longtemps et difficilement et que son égo ait été discipliné et son cœur illuminé, et lorsqu’il eu conquis son égo et soumis et achevé une complète maîtrise sur lui et qu’il l’a totalement assujeti à lui, à ce moment, il regarda toutes les créatures et trouva qu’elles étaient toutes mortes et sans pouvoir:

elles ne peuvent faire du tort ni être bénéfiques
elles ne peuvent donner ni retirer
elles ne peuvent donner ni la vie ni la mort
elles ne peuvent communiquer ni trancher
elles ne peuvent transmettre ni oter
elles ne peuvent rendre heureux ni rendre triste
elles ne peuvent accorder ni dépriver
elles ne possèdent pour elle-même ni bénéfice, ni tort, ni mort, ni vie, ni résurrection.

Ceci, donne les caractéristiques de la mort aux êtres humains: ils sont considérés morta dans toutes les conditions ci-dessus mentionnées, ils ne sont ni craints ni suppliés, ce qu’ils possèdent n’est pas convoité, ils ne sont ni attrayants ni flatteurs, personne ne leur donne une attention, ils ne sont pas enviés ni dénigrés, leurs défauts ne sont pas mentionnés ni leurs fautes poursuivies et exposées, personne n’est jaloux d’eux ni ne pense aux faveurs qu’ils ont reçues d’Allah, et ils sont pardonnés pour leurs erreurs, quoique les punitions légales leur sont appliquées selon la Loi. Mais, ’application d’une telle punition n’exclue pas ce que nous avons mentionné auparavant, ni elle exclue notre effort de couvrir leurs erreurs sans au moins les dissuader.

Voici comment les morts sont vus. Et si quelqu’un mentionne les êtres humains de manière déshonorable nous lui interdisons de sonder ce sujet de la même manière que nous l’aurions fait s’il devait examiner un mort. Nous ne faisons rien pour leur intérêt nous les Lui laissons. Et, nous ne nous arrêtons plus à exécuter un acte d’obéissance envers Allah à leur sujet que nous le faisons au sujet d’un mort, et nous ne les louons pas. Et, nous n’aimons pas non plus leurs louanges à notre égard ni haïssons leurs insultes, et nous ne leur rendons pas la pareille.

En résumé, ils sont comme s’ils n’existaient pas . Ils sont sous la complète attention et juridiction d’Allah. Quiconque a des rapports avec eux de cette manière, a combiné le bien de l ‘autre monde et celui d’ici-bas. Puisse Allah Le Généreux nous donner le succès dans cet l’achèvement. Ces quelques mots sont suffisants pour expliquer les dires d’Abou Yazid al-Bistami, qu’Allah soit satisfait avec lui.[189]

al-`Izz b. `Abd al-Salam b. Ahmad b. `Anim al-Maqdissi (d.678)

Nous mentionons ce wa`iz (prêcheur) parce qu’il a été souvent confondu avec Izz al-Din ibn Abd al-Salam al-Soulami, et ses brèves œuvres sur le tassawwouf sont attribuées par erreur à ce dernier. Dans cet ouvrage intitulé différentes façons : Hall al-roumouz wa mafatih al-koumouz et Zabad khoulasat al-tassawwouf, al-Maqdissi divise les niveaux du soulouk ou voies spirituelles en trois voies qui correspendent à la définition du Prophète au sujet de la Religion dans le hadith de Jibril:

L’Islam est le premier des niveaux de la Religion, caractérisant le commun des croyants;
L’Iman est le premier pas de l’échelle du cœur, et il caractérise l’élite des croyants;
L’Ihsan est le premier pas de l’échelle de l’esprit, et il caractérise l’élite de ceux qui sont rapprochés.[190]

Ibn Taymiyya (d.728)

Ses admirateurs citent ce juriste et maître de hadiths de l’école Hanbalite comme un ennemi des Soufis, et il est la principale autorité dans la campagne des «Salafis», responsables du climat actuel de fanatisme injustifié et l’encouragement à l’ignorance au sujet du tassawwouf. Pourtant, Ibn Taymiyya était lui-même un Soufi. Cependant, les «Salafis» sont très minutieux à ne jamais présenter le Soufi Ibn Taymiyya, ce qui gênerait sévèrement leur scénario il le présente comme purement un anti-Soufi.

Les discours d’Ibn Taymiyya sur le tassawwouf sont criblés de contradictions et d’ambiguités. On peut dire que quoiqu’il nivella toutes sortes de jugements sur les Soufis, il fut incapable de nier la grandeur du tassawwouf au sujet duquel la Communauté fut longtemps unanime bien avant que lui-même n’apparaisse. En conséquence, il affronta le tassawwouf, questionnant ces Soufis contemporains, et réduisant la primauté des élites des Musulmans à de la banalité, et au même moment il se vante d’être un Soufi Qadiri dans une chaîne directe de succession à Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani, comme nous le montrerons dans les lignes qui suivent.

Il doit être clair dans l’esprit des lecteurs que la raison pour laquelle nous citons ces évidences n’est pas que nous considérons Ibn Taymiyya comme une figure représentative du tassawwouf. A notre point de vue, il ne représente ni le tassawwouf ni l’aqida de Ahl al-Sunna. Cependant, nous citons ces points de vues seulement pour démontrer que sa présentation erronée par les Orientalistes et les «Salafis» comme un ennemi du tassawwouf ne relève pas d’un examen minutieux. Sans tenir compte des opinions d’un groupe ou de l’autre, les faits montrent des évidences claires que Ibn Taymiyya n’avait pas d’autre choix que d’accepter le tassawwouf et ses principes, et que lui-même se réclama être un Soufi, et se para également du manteau (khirqa) de cheick dans l’ordre Soufi Qadiri.

Nous avons déjà cité l’admiration d’Ibn Taymiyya pour `Abd al-Qadir Gilani auquel il attribut le titre de mon «Cheick» (cheickhouna) et de mon «maître» (sayyidi) dans son entière Fatawa. Les inclinations d’Ibn Taymiyya pour les Soufis et sa révérence pour `Abd al-Qadir al-Gilani sont aussi témoignées à travers son commentaire de cent pages sur Foutouh al-ghayb, couvrant seulement cinq des soixante-dix-huit sermons du livre, mais montrant qu’il considéra le tassawwouf comme essentiel dans la vie de la Communauté Islamique.[191]

Dans son commentaire Ibn Taymiyya met l’accent sur le fait que la primauté de la Chari`a est la tradition de base dans le tassawwouf, et pour supporter ce point il donne une liste de plus d’une douzaine des premiers maîtres, aussi bien que des cheicks contemporains de son temps dont ceux de son école Hanbali, al-Ansari al-Harawi et `Abd al-Qadir al-Gilani, et le cheick de ce dernier, Hammad al-Dabbas:

Les élites parmi les pratiquants de cette Voie -- comme la majorité des premiers cheicks (chouyoukh al-salaf) dont Foudayl ibn `Iyad, Ibrahim ibn Adham, Ma`rouf al-Karkhi, al-Sari al-Saqati, al-Jounayd ibn Mouhammad, et autres de la première génération des maîtres, aussi bien que Cheick `Abd al-Qadir, Cheick Hammad, Cheick Abou al-Bayan et autres maîtres qui sont apparus plus tard – n’ont pas permis aux pratiquants de la voie Soufie de se démarquer des interdits et ordres de la législation divine, même si cette personne a volé dans les airs ou a marché sur l’eau.[192]

Quelque part encore, dans son al-rissala al-safadiyya, Ibn Taymiyya défend les Soufis comme ceux qui appartiennent à la voie de la Sunna et la représentent dans leurs enseignements et écrits:

Les grands cheicks mentionnés par Abou `Abd al-Rahman al-Soulami dans Tabaqat al-soufiyya, et Abou al-Qassim al-Qouchayri dans al-Rissala, étaient adhérants de l’école d’Ahl al-Sunna wa al-Jama`a et de l’école d’Ahl al-hadith, comme al-Foudayl ibn `Iyad, al-Jounayd ibn Mouhammad, Sahl ibn `Abd Allah al-Toustari, `Amr ibn`Outhman al-Makki, Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Khafi al-Chirazi, et autres; et leurs discours étaient fondés sur la Sunna , et ils rédigèrent des livres au sujet de la Sunna.[193]

Dans son traité sur la différence entre les formes permises de la prière et celles innovées, intitulé Rissala al-ibadat al-chariyya wal-farq baynaha wa bayn al-bidiyya, Ibn Taymiyya déclare sans erreur que la voie licite est la voie de «ceux qui suivent la voie Soufie» ou «la voie de l’auto-négation» (zouhd) et ceux qui suivent «ce qui est appelé pauvreté et tassawwouf», c’est-à-dire les fouqara et les Soufis:

Le licite c’est ce par quoi on se rapproche d’Allah. C’est la voie d’Allah. C’est la vertuosité, l’obéissance, les bonnes actions, la charité et la justice. C’est le chemin de ceux qui sont sur la voie Soufie (al-salikin), et la méthode de ceux qui ont l’intention d’atteindre Allah et de L’adorer; c’est celle qu’entreprend quiconque désire Allah et suit la voie de l’auto-négation (zouhd) et les pratiques religieuses, et ce qui est appelé pauvreté, tassawwouf etc…[194]

En ce qui concerne l’enseignement d’`Abd al-Qadir sur le fait que le salik ou l’aspirant Soufi doit s’abstenir des désirs permis, Ibn Taymiyya commence par déterminer que l’intention d’`Abd al-Qadir est que ce dernier renonce à ces choses permises qui ne lui sont pas imposées par la loi parce qu’il peut y avoir un danger pour lui. Mais jusqu’à quel point? Si l’Islam est essentiellement apprendre et appliquer les commendements Divins, il doit y avoir un moyen pour celui qui s’efforce sur la voie de déterminer la volonté d’Allah dans chaque situation particulère. Ibn Taymiyya reconnaît que le Coran et la Sunna ne peuvent pas couvrir explicitement tout événement spécifique dans la vie de tout croyant. Encore, si le but de la soumission à la volonté et au désir d’Allah doit être accompli par ceux qui veulent L’atteindre, il doit y avoir une voie pour celui qui y lutte de s’assurer du commandement Divin dans toute sa particularité.

La réponse d’Ibn Taymiyya est d’appliquer le concept légal d’ijtihad à la voie spirituelle, spécifiquement à la notion d’ilham ou inspiration. Dans ses efforts d’unir sa volonté avec celle d’Allah, le vrai Soufi atteind un état où il ne désire rien d’autre que de découvrir la plus belle œuvre, l’action la plus plaisante et la plus aimée d’Allah. Lorsque les données légales extérieures ne peuvent plus le diriger dans ces matières, il peut compter sur les notions d’inspiration (ilham) et de perception intuitive (dhawq) du Soufi:

Si le disciple a créativement employé ses efforts aux indications externes de la Char`ia et n’a pas vu la meilleure probabilité concernant une action, il peut être alors inspiré à cause de sa bonne intention combinée à sa peur d’Allah, il peut choisir parmi deux actions laquelle est supérieure à l’autre. Ce genre d’inspiration (ilham) est une indication concernant la vérité. Elle peut même être une forte indication par rapport à une faible analogie, des hadiths faibles, des arguments littéraires faibles (zawahir), et une faible présomption de continuité (istichab) qui sont employées par plusieurs qui fouillent dans les principes, les différences et du fiqh systématisé.[195]

Ibn Taymiyya repose son point de vue sur le principe qu’Allah a mis une disposition naturelle à la vérité au genre humain et lorsque cette disposition est enracinée dans la réalité de la foi et éclairée par l’enseignement Coranique, et que celui qui lutte sur le voie est incapable de déterminer la volonté précise d’Allah dans des cas spécifiques, alors son cœur lui montrera l’action préférée. Une telle inspiration est l’une des preuves importantes qu’il détient dans cette situation. Certainement, il se trompera quelque fois, faussement guidé par son inspiration ou sa perception intuitive de la situation, juste comme le moujtahid quelque fois se trompe. Mais il dit, même quand le moujtahid ou le disciple inspiré lutte dans l’erreur, il est obéissant.

Faire appel à ilham et dhawq n’est pas synonyme de suivre ses propres caprices ou ses préférences personnelles.[196] Dans sa lettre à Nasr al-Manbiji, il qualifie cette intuition de «foi-informée» (al-dhawq alimani). Son point est que, comme dans le commentaire du Foutouh, l’inspiration par expérience est ambigue et a besoin d’être qualifiée et par le critère du Coran et la Sunna. Elle ne peut conduire, selon lui, à la certitude de la vérité, mais ce qu’elle peut c’est de donner au croyant une assise ferme pour choisir la meilleure action dans une situation donnée et l’aider à confirmer sa volonté en des détails spécifiques de sa vie par rapport à celui de son Créateur et de son Commandant.[197]

D’autres travaux qui nous viennent de lui abondent d’ éloges pour les enseignements Soufis. Par exemple, dans son livre al-ihtijaj bi al-qadar, il défend l’accent mis sur l’amour d’Allah par les Soufis et leur volontarisme plutôt que l’approche intellectuelle de la religion comme étant en accord avec les enseignements du Coran, le hadith solide et l’ijma`al-salaf:

En ce qui concerne les Soufis, ils affirment l’amour (d’Allah), et ceci est plus évident chez eux que parmi les autres. La base de leur voie est simplement la volonté et l’amour. L’affirmation de l’amour d’Allah est bien connue dans le langage de leurs premiers et de leurs maîtres récents, comme cela est affirmé dans le Livre et la Sunna et dans le concensus des Salaf.[198]

Ibn Taymiyya est aussi connu pour ses condamnations d’Ibn `Arabi. Cependant, ce qu’il condamna n’était pas Ibn `Arabi mais un petit livre qu’il écrivit et intitula Fousous al-hikam, qui forme un mince volume. Quant à l’œuvre maîtresse d’Ibn `Arabi, al-Foutouhat al-makkiya (Les révélations divines de Makka), Ibn Taymiyya n’était pas moins un admirateur de ce chef-d’œuvre que toute autre personne en Islam qui l’ait vu, comme il le déclare dans sa lettre à Abou al-Fath Nasr al-Mounayji (d.709) publiée dans le volume intitulé tawhid al-rouboubiyya de son Fatawa:

J’étais l’un de ceux, qui auparavant avaient une bonne opinion d’`Ibn Arabi et faisaient ses éloges à cause des bénéfices que j’ai vus dans ses livres, dont: al-Foutouhat, al-Kanh, al-Mouhkam al-marbout, al-Dourra al-fakhira, Matali' al-noujoum, et d’autres travaux de ce genre.[199]

Ibn Taymiyya continue jusqu’à dire qu’il changea ses opinions, non à cause du contenu de ces livres, mais seulement après qu’il eut lu le Foussous.

Nous arrivons maintenant à l’évidence de l’affiliation d’Ibn Taymiyya à la Voie Soufie Qadiri et à sa propre affirmation, comme cela fut rapporté par son disciple Ibn `Abd al-hadi (d.909), qu’il reçu le khirqa Qadiri ou manteau d’autorité d’`Abd al-Qadir al-Gilani à travers une chaîne de trois cheicks. Il n’y personne d’autre que les trois Ibn Qoudamas qui sont parmi les autorités établies dans le fiqh de l’école Hanbali. Cette information fut publiée par George Makdisi dans une série d’articles dans les années 1970.[200]

Dans un manuscrit de Youssouf ibn `Abd al-Hadi al-Hanbali intitulé Bad' al-`ilqa bi labs al-khirqa (Le début de la protection dans le port du manteau Soufi), Ibn Taymiyya est cité dans une généalogie spirituelle Soufie avec d’autres savants Hanbali bien connus. Les liens dans cette généalogie sont les suivantes par ordre descendant:

1. `Abd al-Qadir al-Gilani (d.561)
2.a-Abou `Oumar ibn Qoudama (d.607)
2.b-Mouwaffaq al-Din ibn Qoudama (d.620)
3. Ibn Abi `Oumar ibn Qoudama (d.682)
4. Ibn Taymiyya (d.728)
5. Ibn Qayyim al-Jawziyya (d.751)
6. Ibn Rajab (d.795)

(Abou `Oumar ibn Qoudama et son frère Mouwaffaq al-Din reçurent directement le khirqa d’`Abd al-Qadir lui-même.)

Ibn Taymiyya est ensuite cité pr Ibn Abd al-Hadi comme affirmant son affiliation Soufie à la fois à l’ordre Qadiri et à d’autres ordres:

J’ai porté le manteau Soufi d’un certains nombres de cheicks appartenant à divers tariqas (labistou khirqata at-taqqawwouf min tourouqi jamatin min al-chouyoukhi), parmi lesquels le Cheick Abd al-Qadir al-Gilani, dont la tariqa est la plus grande des tariqa bien connues.

Plus loin il dit:
La plus grande Voie Soufie (ajallou al-tourouq) est celle de mon maître (sayyidi) `Abd al-Qadir al-Gilani, qu’Allah répande Sa miséricorde sur lui.[201]

D’autres confirmations viennent d’Ibn Taymiyya lui-même dans l’une de ses œuvres al-Masala at-briziyya:

labistou al-khirqa al-moubarakata li al-cheick `Abd al-Qadir wa bayni wa baynahou ithan. Je portai le manteau Soufi béni d’`Abd al-Qadir il y a entre lui et moi deux cheicks.[202]

Ibn Taymiyya affirme ainsi qu’il était un lecteur assidu d’al-Foutouhat al-makkiyya d’Ibn `Arabi; qu’il considère `Abd al-Qadir al-Gilani comme son cheick – il écrivit même un commentaire sur le Foutouh al-ghayb de ce dernier; et qu’il est de l’ordre Qadiriyya et d’autres ordres Soufis. Que dit-il au sujet du tassawwouf et des Soufis en général?

Dans son essai intitulé al-soufiyya wa al-fouqara' et publié dans le onzième volume (al-tassawwouf) de son majmou`a fatawa Ibn Taymiyya al-Koubra, il déclare:

Le mot soufi n’était pas bien connu au cours des premiers trois siècles, mais son usage devint populaire après cette période. Un nombre important de cheicks en parlèrent dont Ahmad ibn Hanbal, Abou Soulayman al-Darani et autres. Il a été rapporté que Soufyan al-Thawri l’utilisa. Certains aussi mentionèrent que Hassan al-Basri en fit usage.[203]

Ibn Taymiyya continue jusqu’à déduire que le tassawwouf origina à Basra parmi les générations qui suivirent les tabi`in, parce qu’il trouva que plusieurs des premiers Soufis originèrent de cette ville tandis qu’il ne trouva aucune de ces évidences ailleurs. Dans ce cas, il commet une erreur en confinant le tassawwouf à une place spécifique, le coupant de ses liens avec le temps du Prophète et ses illustres Compagnons. Ceci est l’une des aberrantes conclusions qui soulève, parmi les «salafis» d’aujourd’hui des questions telles que: «Où dans le Coran et la Sunna le tassawwouf est-il mentionné?» Comme Ibn `Ajiba répondit à ce genre de questions:

Le fondateur de la science de tassawwouf est le Prophète lui-même à qui Allah l’enseigna aux moyens de la révélation et l’inspiration.[204]

Nous avons par la grâce d’Allah fini avec ce sujet dans notre long exposé sur les preuves du tassawwouf dans les pages précédentes.

Ibn Taymiyya continue:

Le tassawwouf a des réalités (haqa`iq) et des états d’expériences (ahwal) que les Soufis mentionnent dans leur science… Certains disent que le Soufi est celui qui se purifie de tout ce qui le distrait du souvenir d’Allah et qui devient plein de l’image de l’au-delà à tel point que la valeur de l’or et des pierres sera la même pour lui. D’autres disent que le tassawwouf c’est de sauvegarder les sens précieux et de renoncer à la prétention à la célébrité et à la vanité etc… Ainsi, le sens de soufi fait allusion au sens de siddiq ou celui qui a atteind le niveau complet de véridique, car les meilleurs des êtres humains après les Prophètes sont les siddiqin, comme Allah le mentionna dans le verset suivant:

Quiconque obéit à Allah et au Messager, ceux-là seront avec ceux qu’Allah a comblés de Ses bienfaits: les prophètes, les saints véridiques, les martyrs, et les vertueux; ah, quel bons compagnons que ceux-là! (4:69).

Ils considèrent cependant qu’après les prophètes il n’y a pas plus vertueux que le Soufi, et le Soufi est en réalité, parmi d’autres genres de saints véridiques, seulement un genre de siddiq spécialisé dans l’ascétisme et l’adoration (al-soufi houwa fi al-haqiqa naw`oun min al-siddiqin fahouwa al-siddiq allahi ikhtassa bi al-zouhdi wa al-`ibada). Le Soufi est l’homme vertueux de la voie; juste comme les autres sont appelés les vertueux des oulama et les vertueux des émirs…

[Ici Ibn Taymiyya nie la déclaration des Soufis qui représentent les Véridiques après les Prophètes, et il rabaisse leur statut à celui du large groupe des honnêtes serviteurs. Ceci découle de sa première prémisse que le tassawwouf apparu plus tard et que son origine est autre que la Sunna du Prophète. Nous avons déjà mentionné que cette prémisse était fausse. Tous les Soufis considèrent que les transmetteurs de leur connaisance et discipline ne sont nul autre que les Compagnons et leurs Successeurs, qui prirent cette connaissance du Prophète lui- même. Dans ce respect, les Soufis et les illustres Compagnons de même que les Successeurs ne sont pas différents en essence, quoiqu’ils soient différents en noms, la préseance est donnée aux Compagnons et aux Successeurs selon le hadith du Prophète.

Ensuite Ibn Taymiyya sépare arbitrairement les Soufis et les savants en deux groupes discrets apparents, nous avons vu que les Soufis étaient de grands savants, et plusieurs grands savants étaient des Soufis. Al-Jounayd anticipa cette injuste distinction dans sa fameuse déclaration: «Cette connaissance qui est la nôtre est basée sur le Coran et la Sunna.» Ensuite, faisant allusion à cette erreur dans son Tabaqat al-Koubra, Cha`rani cite al-Jounayd et pousuit:

¨Chaque vrai Soufi est un savant de la Loi Sacrée, quoique l’inverse n’est pas nécessairement vrai.[205

Certains critiquèrent les Soufis et le tassawwouf en les taxant d’innovateurs et d’être en dehors de la Sunna… mais la vérité est qu’ils exercent l’ijtihad dans l’obéissance d’Allah comme ont fait d’autres gens qui sont obéissants à Allah. Ainsi, parmi eux vous trouverez le Plus En Vue dans la Proximité (al-sabiq al-mouqarrab) par vertu de son effort, pendant que certains d’entre eux sont des Gens de la Droite… et parmi ceux se réclamant d’être affiliés à eux, sont ceux qui sont injustes envers eux-mêmes, se rebellant contre leur Seigneur. Ceux- là sont les sectes des innovateurs et des libres penseurs (zindiq) qui prétendent être affiliés aux Soufis mais dans l’opinion des véritable Soufis, ils n’y appartiennent pas, par exemple al-Hallaj.

[Ici la citation innappropriée d’al-Hallaj par Ibn Taymiyya est plus figurative de sa propre mauvaise compréhension du tassawwouf qui illustre ce à quoi il veut aboutir. En réalité, comme `Abd al-Qahir al-Baghdadi dit au sujet d’al-Hallaj, «son cas parmi les Soufis n’est pas clair quoique Ibn `Ata' Allah, Ibn Khafif, et Abou al-Qassim al-Nassir Abadi l’approuvent.»[206] Encore, nous avons déjà dit que plusieus grands savants de l’école d’Ibn Taymiyya lui-même ont rejeté les charges établies contre al-Hallaj, et le considèrent comme un saint, dont Ibn `Aqil et Ibn Qoudama. Ibn Taymiyya peut-il ne pas être conscient de toutes ces positions qui invalident son point de vue, ou cela est-il purement signe d’ignorance?]

Le tassawwouf a ses branches et diversités; et les Soufis sont connus sous trois groupes:

1- Soufiyyat al-haqaiq: Les Soufis des Réalités; ce sont les vrais Soufis que nous avons mentionnés dans les paragraphes précédents;
2- Soufiyyat al-arzaq: Les Soufis professionnels qui vivent des dons religieux ,des auberges et des écoles Soufis; et il n’est pas nécessaire pour eux d’être parmi les gens des vraies réalités dans la mesure où cela est une chose très rare…
3- Soufiyyat al-rasm: les Soufis par apparence seulement, qui sont préoccupés à endosser le nom et la tenue vestimentaire etc[207]

Ibn Taymiyya au sujet de fana' et chatahat

Au sujet de fana' – un terme utilisé par les Soufis signifiant littérairement extinction ou l’auto-extinction – et le chatahat ou les déclarations éclatantes des Soufis, Ibn Taymiyya dit:

Cet état d’amour caractérise plusieurs des Gens amoureux d’Allah et les Gens de la Recherche (Ahl al-irada). Un homme s’évanouit dans l’objet de son amour – Allah – à travers l’intensité de son amour. Il se souviendra d’Allah et non de lui-même, invoquera Allah et lui-même, prendra Allah à témoin et non lui-même, existe en Allah et non en lui-même. Lorsqu’il atteind cet état, il ne ressent plus sa propre existence. Ceci est la raison pour laquelle il peut dire dans cet état: ana al-haqq (Je suis la Vérité), ou soubhani (Gloire à moi!), et mafi al-joubba illa Allah (Il n’y rien dans ce manteau sauf Allah, parce ivre dans l’amour d’Allah, ceci est un plaisir et une joie qu’il ne peut contrôler…)

Ce phénomène est en lui-même à la fois vérité et mensonge. Mais lorsque quelqu’un entre dans un état d’amour extatique (`ichq) pour Allah, il atteindra un état d’absence d’esprit, et lorsqu’il est dans un tel état, il ne verra pas comment il accepte le concept d’ittihad (l’union avec Allah). Je ne considère pas cela comme un péché parce que cette personne est innocente et nul ne peut la punir parce qu’elle n’a pas conscience de ce qu’elle fait. Le calame ne condamne pas l’incensé sauf lorsque son esprit est en place (et commet le même acte). Cependant, lorsqu’il est dans cet état et commet une erreur, il tombe sous la protection d’Allah:

O notre Seigneur, ne nous punit pas pour des fautes commises par oubli ou par erreur (2:286), Il n’y pas de blâme sur vous si vous commettez une erreur de manière involontaire.[208]

Il y a une histoire de deux hommes dont l’amour mutuel était très intense. Un jour, lorsque l’un des deux tomba dans la mer, l’autre aussitôt se jeta derrière lui. Le premier demanda au second: «Qu’est-ce qui t’a emmené à te trouver ici?» Le second répondit: «J’ai disparu en toi et je ne me voyais plus. Je pensais que tu étais moi et que j’étais toi»… Alors, aussi longtemps que l’un n’est pas îvre de quelque chose qui est interdit, son action est acceptée, mais s’il est ivre de quelque chose d’interdit (c’est-à-dire l’intention était mauvaise) alors il n’est pas excusé.[209]

Les pages ci-dessus montrent la grande familiarité d’Ibn Taymiyya avec les lignes générales du tassawwouf. Une telle connaissance faisait part de l’éducation complète de quiconque à cette époque et celui qui le précéda qui prétendait au savoir. Cette connaissance ne constituait pas quelque chose d’extérieur ou d’étranger au grand corpus des sciences Islamiques. Et toujours, similairement dans son cas dans l'`aqida que nous avons dénoué dans les pages précédentes[210], que la mauvaise compréhension du tassawwouf par Ibn Taymiyya l’emporta massivement sur sa compréhension. Ce point fut illuminé avec une précision quasi-chirurgicale par le grand Imam Soufi Cheick Ibn `Ata' Allah dans le débat qu’il eut avec Ibn Taymiyya dans la mosquée d’al-Azhar au Caire.

Le Débat entre Ibn Ata Allah al-Iskandari et Ibn Taymiyya

L’un des grands Imams Soufis qui fut aussi connu comme un mouhaddith, un prêcheur, un juriste Maliki, Abou al-Fadl Ibn `Ata' Allah al-Iskandari (d.709) est l’auteur d’al-Hikam (Aphorisme), Miftah al-falah, (La clef au succès), al-Qousd al-moujarrad fi ma`rifat al-ism al-moufrad (L’objectif pur concernant la connaissance du Nom Unique), Taj al-`arous al-hawi li tadhhib al-noufous (La couronne du marié contenant la discipline des âmes), `Ounwan al-tawfiq fi adab al-tariq (Le signe de succès concernant la discipline de la voie), la biographie al-lata'if fi manaqib Abi al-`Abbas al-Moursi wa cheickihi Abi al-Hassan (Les miséricordes imperceptibles dans les vies saintes d’Abou al-Abbas al-Moursi et son maître Abou al-Hassan al-chadhlili), et autres. Il fut un élève d’Abou al-`Abbas al-Moursi (d.686) et le second successeur du fondateur de l’ordre Soufi, l’Imam Abou al-Hassan al-Chadhili.

Ibn `Ata' Allah fut l’un de ceux qui confrontèrent Ibn Taymiyya pour ses attaques excessives contre les Soufis ce qu’il n’approuvait pas. Il n’a jamais cité le nom d’ Ibn Taymiyya dans ses travaux, mais c’est clairement à son sujet qu’il fait allusion lorsqu’il dit dans son Lata'if, qu’Allah a mis les Soufis à l’épreuve à travers ce qu’il appelle «les savants de la connaissance externe».[211] Dans les pages suivantes est relatée la première traduction en français[212] de cet évènement qui eut lieu entre les deux.

Texte du Débat
extrait d’Oussoul al-Woussoul
par Mouhammad Zaki Ibrahim

Ibn Kathir, Ibn al-Athir, et d’autres auteurs de biographies et de dictionnaires biographiques nous ont transmis ce débat historique[213]. Il donne une idée de l’éthique du débat parmi les érudits. Il documente la contreverse entre une personnalité, pivot en tassawwouf, Cheick Ahmad ibn `Ata' Allah al-Iskandari, et tout aussi importante une personne du soit disant mouvement «Salafi», Cheick Ahmad Ibn `Abd al-Halim Ibn Taymiyya durant la période des Mamloukes en Egypte sous le règne du Sultan Mouhammad Ibn Qalawoun (al-Malik al-Nassir).

La déposition d’Ibn Taymiyya à Ibn `Ata' Allah:

Cheick Ibn Taymiyya avait été emprisonné à Alexandrie. Lorsque le Sultan lui gratifia son pardon, il revint au Caire. A l’heure de la prière du coucher du soleil, il alla à la mosquée al-Azhar où la salat al-maghrib devait être dirigée par Cheick Ahmad Ibn `Ata' Allah al-Iskandari. Après la prière, Ibn `Ata' Allah était surpris de constater qu’Ibn Taymiyya avait prié derrière lui. Le saluant avec un sourire, le Cheick Soufi souhaita cordialement la bienvenue au Caire à Ibn Taymiyya, disant: «as-Salamou alaykoum». Ensuite Ibn `Ata' Allah commença à parler avec l’érudit visiteur.

Ibn `Ata' Allah: «D’habitude, je prie la prière du soir dans la mosquée de l’Imam Houssayn et la prière de la nuit ici. Mais regarde comment le plan Divin travaille de lui-même! Allah a ordonné que je sois le premier à te saluer (après ton retour au Caire). Dis-moi O faqir, me blâmes-tu pour ce qui est arrivé?»

Ibn Taymiyya: «Je sais que tu ne me veux pas de mal, mais nos différences d’opinions restent toujours les mêmes. Dans tous les cas, quiconque m’a fait du tort dans quoique ce soit, à partir de ce jour même, je le disculpe et lui pardonne de tout blâme en la matière.»

Ibn `Ata' Allah: «Qu’est ce que tu sais à mon sujet, Cheick Ibn Taymiyya?»

Ibn Taymiyya: «Je te connais comme un homme d’une piété scrupuleuse, de savoir abondant, d’intégrité et de véracité dans le parler. Je témoigne que je n’ai vu personne pareil à toi en Egypte et en Syrie, qui aime plus Allah, ni qui est plus auto-effaçant en Lui ni qui est plus obéissant à exécuter ce qu’Il a commandé et à éviter ce qu’Il a interdit. Néanmoins, nous avons sur le Tawassoul nos différences. Que sais-tu à mon sujet? Prétends-tu que je suis égaré lorsque je nie la validité de faire appel à quiconque autre qu’Allah pour une aide (istighatha)?

Ibn `Ata' Allah: «Certainement, mon collègue, tu sais que istaghtha ou appeler pour une aide est la même que tawassoul ou chercher un moyen et demander l’intercession (chafa`a); et que le Messager, sur lui la paix, est celui dont l’aide est recherchée dans la mesure où il est notre moyen, celui dont l’intercession est recherchée.»

Ibn Taymiyya: «Dans ce problème, je suis ce que la Sunna du Prophète dit dans la Chari`a. Car, il a été transmis dans un hadith solide: «J’ai été octroyé le pouvoir d’intercession.»[214] J’ai aussi collectionné les dires du verset Coranique: Peut-être que ton Seigneur te ressuscitera (O Prophète) en une position de gloire (17:79) à l’effet qu’une position de gloire est l’intercession. De plus, lorsque la mère du Commandeur des Croyants Ali est morte, le Prophète pria Allah à sa tombe et dit:

``O Allah qui vit et ne meurt jamais, qui accélère et donne la mort, pardonne les péchés de ma mère Fatima bint Assad, élargi sa demeure dans laquelle elle entre au moyen de mon intercession, Ton Prophète, et les Prophètes qui apparurent avant moi. En vérité Tu es le plus Miséricordieux des Miséricordieux.[215]`

Ceci est l’intercession que possède le Prophète. En ce qui concerne le fait chercher l’aide de quelqu’un autre qu’Allah, cela touche à l’idôlatrie; car le Prophète commanda son cousin Abd Allah ibn Abas de ne pas demander d’aide de personne sauf celle d’Allah.»[216]

Ibn `Ata' Allah: «Qu’Allah te fasse prospérer, O faqih! En ce qui concerne le conseil que le Prophète – sur lui la paix – donna à son cousin Ibn Abbas, il voulait qu’il s’approche d ‘Allah non pas à cause de sa relation familiale, mais à travers sa connaissance.

Avec respect pour ta compréhension d’istighatha comme chercher l’aide d’autrui, autre qu’Allah c’est une idolâtrie, je te demande: Y-a-t’il un musulman possédant une foi réelle et croyant en Allah et en Son Prophète qui pense qu’il y a quelqu’un autre qu’Allah qui a un pouvoir autonome sur les évènements et qui est capable d’exécuter ce qu’Il a décrété à leur propos? Ya-t’il un vrai croyant qui croit que quelqu’un autre qu’Allah peut le récompenser pour ses bonnes actions et le punir pour ses mauvaises actions?

En marge de ceci, nous devons considérer qu’il y a des expressions qui ne doivent pas être prises dans leur sens littéraire. Ce n’est pas à cause de la peur d’associer un partenaire à Allah et en vue de bloquer les moyens à l’idolâtrie. Car quiconque cherche l’aide du Prophète cherche seulement son pouvoir d’intercession auprès d’Allah comme toi-même tu te dis: Cette nourriture satisfait mon appétit. Est-ce la nourriture elle-même qui satisfait ton appétit? Ou c’est Allah qui satisfait ton appétit à travers la nourriture?

En ce qui concerne ta déclaration, qu’Allah a interdit aux Musulmans de faire appel à l’aide de quiconque autre que Lui, as-tu vu un Musulman faire appel à quelqu’un autre qu’Allah? Le verset que tu cites dans le Coran fut révélé au sujet des idolâtres et ceux qui avaient l’habitude d’avoir recours à leurs fausses déités et ignorer Allah. Alors que la seule manière dont les Musulmans cherchent l’aide du Prophète est dans le sens du tawassoul ou chercher un moyen, par le mérite du privilège qu’il a reçu d’Allah (bi haqqihi `inda Allah), et tachaffou` ou chercher l’intercession, par le mérite du pouvoir d’intercession qu’Allah lui a octroyé.

Quant à ton verdict que istighatha ou chercher l’aide est interdit dans la Chari`a parce qu’elle peut conduire à l’idolâtrie, si tel est le cas, alors nous devons aussi interdire les raisins parce qu’ils sont un moyen de production du vin, et castrer les hommes non-mariés parce que ne pas faire laisse dans le monde un moyen de commettre la fornication et l’adultère.

A ce dernier commentaire, les deux Cheicks rirent. Ibn `Ata' Allah continua: je suis familier avec toutes les inclusivités et la prévoyance de l’école fondée par ton Cheick, l’Imam Ahmad, et je connais la vaste étendue de ta propre théorie légale au sujet de ses principes à bloquer les moyens au mal (sadd al-dhara'i`) aussi bien que le sens de l’obligation morale d’un homme de ta compétence en jurisprudence Islamique et l’intégrité que tu dois ressentir. Mais, je réalise aussi que ta connaissance du langage demande que tu cherches le sens caché des mots qui est souvent voilé derrière leur sens évident.»

Ibn `Arabi et Ibn `Abd al-Salam

En ce qui concerne les Soufis, le sens pour eux est comme un esprit, et les mots en eux-même sont comme son corps. Tu dois pénétrer profondément ce qui est derrière le corps verbal en vue de saisir la profonde réalité de l’esprit du mot.

Maintenant, tu as trouvé une base à ton jugement contre Ibn `Arabi dans le Foussoul al-hikam, dont le texte a été altéré par ses opposants avec non seulement ce qu’il n’a pas dit, mais avec des déclarations qu’il ne pouvait pas avoir l’intention de dire (vu le caractère de son Islam). Lorsque Cheick al-Islam al-`Izz ibn `Abd al-Salam comprit ce qu’Ibn `Arabi a réellement dit et analysé, et qu’il saisit et comprit le sens réel de ses paroles symboliques, il demanda le pardon d’Allah pour ses anciennes opinions au sujet du Cheick et reconnu que Ibn `Arabi était un Imam de l’Islam.

Quant à la déclaration d’al-Chadhili contre Ibn Arabi, tu dois savoir qu’Abou al-Hassan al-Chadhili n’est pas la personne qui l’a faite mais l’un ses élèves des Chadhiliyya. Encore, en faisant cette déclaration, cet élève parlait au sujet de certains des disciples de Chadhili. Ainsi, ses mots ont été interprétés d’une manière qu’il n’a pas projetée.

Que penses-tu au sujet du Commandeur des Croyants, Sayyidina `Ali ibn Abi Talib, qu’Allah soit satisfait de lui?

Ibn Taymiyya: «Dans le hadith ,le Prophète, sur lui la paix, dit: Je suis la cité de la connaissance et `Ali est sa porte.»[217] Sayyidina `Ali est le moujahid qui n’est jamais aller à la bataille sans revenir victorieux. Quel juriste ou savant après lui a combattu pour la cause d’Allah à la fois avec la parole, la plume et le sabre? Il était un Compagnon très talentueux du Prophète – qu’Allah honore sa contenance. Ses sabres sont une lampe radiante qui m’ont illuminé au cours de ma vie après le Coran et la Sunna. Ah! Quelqu’un qui est toujours à court de provision et long dans son voyage.

Ibn `Ata' Allah: «Maintenant, l’Imam `Ali a-t’il demandé à quelqu’un de prendre parti avec lui dans une faction? Car cette faction prétend que l’Ange Gabriel a commis une erreur en délivrant la révélation à Mouhammad au lieu d’Ali! Ou a-t’il demandé de déclarer qu’Allah s’est incarné dans son corps et que l’Imam est devenu divin? Ou ne les a-t’il pas combattu et massacré et donné une fatwa (une décision légale) qu”ils doivent être exécuter où qu’ils soient trouvés?

Ibn Taymiyya: «Sur la base de cette fatwa, je sortis pour les combattre dans les montagnes de Syrie pendant plus de douze années.»

Ibn `Ata' Allah: «Et l’Imam Ahmad – qu’Allah soit satisfait de lui – critiqua les actions de certains de ses disciples qui avaient l’habitude d’aller en patrouille, brisant les tonneaux ouverts de vin (dans les magasins de leurs marchands Chrétiens), déversant leur contenu par terre, bastonnant les chanteuses et confrontant les gens dans la rue. Tout cela, ils le firent au nom de prêcher le bien et interdire le mal. Cependant, l’Imam ne donna aucune fatwa les motivant à censurer ou réprimander tous ces gens. En conséquence, ces disciples (responsables de ces actions) furent fouettés, jetés en prison, assis à dos d’ânes à l’opposé c’est-à-dire faisant face à l’arrière de l’âne et défilant.

Dans ce cas, l’Imam Ahmad est-il lui-même responsable du mauvais comportement que les pires et les plus vicieux Hanbali continuent de perpétuer jusqu’à nos jours, au nom de vouloir ordonner le bien et interdire le mal?

Tout ceci est pour dire que Cheick Mouhyiddin Ibn `Arabi est innocent vis-à-vis de ce que certains de ses disciples font, qui absoudent les gens de leurs obligations légales et morales établies par la religion et de commettre les actions qui sont interdites. Ne voyez-vous pas cela?»

Ibn Taymiyya: «Mais ont-ils du respect pour Allah? Parmi vous les Soufis sont ceux qui avancent que lorsque le Prophète – sur lui la paix et la bénédiction – donna la bonne nouvelle aux pauvres et dit qu’ils entreraient au paradis avant le riche, les pauvres tombèrent en extase et commencèrent à déchirer en pièces leurs vêtements; c’est à ce moment que l’Ange Gabriel descendit du ciel et dit au Prophète qu’Allah avait cherché sa portion légitime de ces vêtements; et que l’Ange Gabriel en transporta un et l’accrocha au trône d’Allah. C’est pour cette raison qu’ils disent que les Soufis portent des vêtements rapiécés et s’appellent fouqara´ ou pauvres»!

Ibn `Ata' Allah: «Tous les Soufis ne portent pas des vestes et des habits rapiécés. Me voici devant toi: Qu’est-ce que tu n’approuves pas dans mon apparence?»

Ibn Taymiyya: «Tu fais partie des gens de la Chari`a et enseigne à al-Azhar.»

Ibn `Ata' Allah: «al-Ghazali fut à la fois un Imam dans la Chari`a et dans le tassawwouf. Il traita les jugements légaux, la Sunna, et la Chari`a avec l’esprit des Soufis. Et, en appliquant cette méthode, il fut capable de revivifier les sciences religieuses. Nous savons que le tassawwouf reconnaît que ce qui est souillé ne fait pas parti de la religion et que la propreté a le caractère de la foi. Le vrai et sincère Soufi doit cultiver dans son cœur la foi reconnue par Ahl al-Sunna.
Deux siècles auparavant le phénomène de pseudo-Soufis apparu que toi-même tu critiquas et rejetas. Il y avait des personnes qui cherchaient à diminuer la performance de la prière et des obligations religieuses, racourcir le jeûne et désobliger les cinq prières quotidiennes. Ils couraient sauvagement dans les vastes arènes de la paresse et de l’insouciance, affirmant qu’ils avaient été libérés des chaînes de l’esclavage de l’adoration divine. Non satisfait de leurs propres actions ignobles jusqu’à ce qu’ils ont revendiqué des intimations des plus extravagantes réalités et états mystiques comme l’Imam al-Qouchayri lui-même décriva dans son Rissala, bien connu, qu’il dirigea contre eux. Il établit aussi en détail ce qui constitua la vraie voie vers Allah, qui consiste à tenir fermement au Coran et à la Sunna.

Les Imams de tassawwouf désirent arriver à la vraie réalité non seulement par les moyens d’évidences rationnelles exercées par l’esprit humain qui sont capables d’être fausses aussi bien que vraies, mais aussi aux moyens de la purification du cœur et purgatoire de l’égo à travers un cours d’exercices spirituels. Ils mettent de côté tout ce qui concerne la vie de ce monde autant que possible car le vrai serviteur d’Allah ne doit s’affairer avec rien d’autre que l’amour d’Allah et de Son Prophète. Ceci est un très haut niveau et c’est ce qui rend un serviteur pieux, sain et prospère. C’est une occupation qui réforme les choses qui corrompent la créature humaine, tel l’amour pour l’argent et l’ambition pour le rang personnel dans la société. Cependant, c’est un niveau qui n’ est constitué de rien d’autre que la guerre spirituelle pour l’amour d’Allah.

Mon frère érudit, interprèter les textes selon leur sens littéraire peut souvent conduire à l’erreur. Le littéralisme est ce qui a causé ton jugement au sujet d’Ibn `Arabi qui est l’un des Imams de notre Foi reconnu pour sa scrupuleuse piété. Tu as compris ce qu’il a écrit d’une façon superficielle; alors que les Soufis sont des maîtres en figures littéraires qui laissent entendre des sens profonds, un language hyperbolique qui indique une haute conscience spirituelle et des mots qui véhiculent des secrets concernant le domaine de l’invisible.»

Ibn Taymiyya: «Ce raisonnement est contre toi, non en ta faveur. Car lorsque l’Imam al-Qouchayri vit ses disciples dévier de la voie d’Allah il entreprit de les corriger. Qu’est-ce que font les Checks Soufis de nos jours? Je demande seulement que les Soufis suivent la voie de la Sunna de ces grands et pieux ancêtres de notre foi (salaf): les ascétiques (zouhhad) parmi les Compagnons, la génération qui les succédère, et la génération qui suivit le mieux leurs pas!

Quiconque agit de cette manière, je l’estime hautement et le considère comme un Imam de la religion. En ce qui concerne l’innovation égarante et l’insertion des idées des idolâtres dont les philosophes Grecs et les Boudhistes Indiens, ou l’idée que l’homme peut incarné Allah (houloul) ou atteindre l’unité avec Lui (ittihad), ou la théorie que tout existe en être (wahdat al-woujoud) et ces autres choses que ton Cheick prêche aux gens: ceci est clairement de la déité et de la mécréance.»

Ibn `Ata' Allah: «Ibn `Arabi fut l’un des grands juristes qui suivit l’école de Dawoud al-Zahiri après Ibn Hazm al-Andalousi, qui est proche de ta méthodologie en loi Islamique, O Hanbalis! Mais quoiqu’Ibn `Arabi fut un Zahiri (c’est-à-dire un littéraliste en matière de loi Islamique), la méthode qu’il appliquait pour comprendre l’ultime réalité (al-haqiqa) était de faire sortir le sens spirituel caché (tariq al-batin); qui est de purifier le moi interne (tathir al-batin).[218] Cependant tous les disciples à la recherche de ce qui est caché ne sont pas les mêmes.

Pour de ne pas être dans l’erreur, recommence ta lecture d’Ibn `Arabi avec une compréhension fraîche de ses symboles et de ses inspirations. Tu le verras semblable à al-Qouchayri. Il a pris sa voie dans le tassawwouf sous la guidance du Coran et la Sunna juste comme la ¨ Preuve de l’Islam¨le Cheick al-Ghazali, qui entreprit des débats au sujet de la différence doctrinale en matière de crédo et des issues d’adoration mais les considéra d’occupation manquant de valeur réelle et de bénéfice. Il invita les gens à observer que l’amour d’Allah est la voie du vrai serviteur d’Allah, en respect à la foi.

As-tu une objection à cela O faqih? Ou aimes-tu les disputes des juristes Islamiques? L’Imam Malik, qu’Allah soit satisfait de lui, fut très prudent au sujet de tels débats en matière de crédo et avait l’habitude de dire: «Chaque fois qu’une personne entre en discussion au sujet du crédo, sa foi diminue.» Similairement al-Ghazali dit:

Les moyens les plus rapides pour se rapprocher d’Allah est par le cœur et non par le corps. Par le cœur, je ne veux pas dire cette chose en chair palpable à la vue, à l’écoute et au toucher. Au contraire, je veux dire le plus profond secret d’Allah Lui-même le plus Exalté et Grand qui est imperceptible à la vue et au toucher.

En vérité, les Ahl al-Sunna sont certainement ceux qui ont nommé le Soufi Cheick al-Ghazali: «la Preuve de l’Islam,»[219] et il n’y a personne pour réfuter ses opinions même si les savants ont été excessifs dans l’éloge de son livre lorsqu’il dit: «Le Ihya' `oulum al-din était presque le Coran.»[220]

L’exécution d’une obligation religieuse (taklif) au vue d’Ibn `Arabi et Ibn al-Farid est une adoration dont le mihrab, ou la niche de prière indique l’orientation de prière, est son aspect intérieur et non seulement son rite externe. Car, quelle est l’importance de te lever et de t’asseoir en prière si ton cœur est préoccupé avec quelque chose autre qu’Allah. Allah fait l’éloge des gens dans le Coran lorsqu’il dit: «Ceux qui sont humbles dans leur prière» (23:2). Et Il blâme les gens lorsqu’Il dit: «Ceux qui sont insouciants dans leur prière» (107:5). C’est ce que Ibn `Arabi veut dire quand il dit: «L’adoration est la niche de prière (mihrab) du cœur, ce qui est, l’aspect interne de la prière et l’externe.»

Le Musulman est incapable d’arriver à la connaissance de la certitude (`ilm al-yaqin) ni à la certitude elle-même (`ayn al-yaqin) dont le Coran parle à moins qu’il évacue de son cœur tout ce qui le distrait de l’envie mondaine et se consacre à la contemplation interne. Alors, la manisfestation de la réalité Divine remplira son cœur, et delà produira sa subsistance.

Le réel Soufi n’est pas celui qui dérive ses subsistances de la mendicité et des demandes d’aumônes aux gens. Le seul qui est sincère est celui qui élève son cœur et son esprit à l’auto-effacement en Allah en Lui obéissant. Peut-être qu’Ibn `Arabi a amené les juristes à se révolter contre lui à cause de son mépris pour leurs préoccupations avec les arguments et les disputes au sujet d’affaires de croyance, des cas légaux d’actualité, et des situations hypothétiques, dans la mesure où il voyait comment cela les distrayait de la purification du cœur. Il les nomma "les juristes des menstruations des femmes." Qu’Allah te secoure à ne pas être parmi eux! As-tu lu la déclaration d’Ibn `Arabi: "Quiconque établit sa foi exclusivement sur des preuves démonstratives et des arguments déductifs, construit une foi sur laquelle il est impossible de se baser. Car il est affecté par la négativité des objections constantes. La certitude (al-yaqin) ne dérive pas des évidences de l’esprit mais jaillit des profondeurs du cœur." As-tu jamais lu une déclaration aussi pure et agréable de ce genre?»

Ibn Taymiyya: «Tu as bien parlé; si seulement ton maître était comme tu le dis, alors il aurait été aussi loin que possible de l’incroyance. Mais, à mon avis, ce qu’il a dit ne peut pas corroborer le sens que tu y as donné.»[221]


Taj al-Din al-Soubki (d.771)

Cheick al-Islam Taj al-Din al-Soubki, le fils de Cheick al-Islam al-hafiz Taqi al-Din al-Soubki (d.756) qui fut un disciple d’Ibn `Ata' Allah, mentionna dans son livre Mou`id al-ni`am sous le chapitre intitulé Soufisme:

Qu’Allah les (les Soufis) salue et leur donne vie, et qu’Il nous place avec eux au paradis. Trop de choses ont été dites à leur sujet et trop de gens ignorants ont dit des choses qui ne les concernent pas… La vérité est que ces gens ont laissé ce monde et sont affairés avec l’adoration.

Cheick Abou Mouhammad al-Jouwayni (Le père de l’Imam al-Haramayn) dit: Ils sont parmi les gens d’Allah et de Son élite. Sa miséricorde est obtenue à travers leur souvenir d’Allah, et la pluie descend avec leurs invocations. Qu’Allah soit satisfait d’eux et qu’Allah soit satisfait de nous à cause d’eux.[222]

Imam Abou Ishaq al-Chatibi al-Maliki (d.790)

L’un des savants fondamentaux d’Ousoul al-fiqh ou la méthodologie de loi dont les livres comme ceux d’al-Ghazali, sont requis dans ce champ, il a mis un grand accent sur l’exigence de la complète connaissance et l’érudition de la Langue Arabe, et non seulement la compréhension correcte pour ceux qui pratiquent l’ijtihad. Dans son livre al-Mouwafaqat fi ousoul al-chari`a (Les harmonies des sources de la Loi Divine) il supporte que le language du Coran et de la Sunna est la clé de la compréhension de tel savant, et que l’ijtihad de toute personne déficiente à cet égard n’était pas acceptée. Dans la mesure où l’opinion du moujtahid est une houjja ou une preuve pour le commun des gens, ce degré d’autorité nécessite un accès direct aux sources et une pleine compétence en Arabe.[223]

Il écrit dans son livre al-I`tissam:

Plusieurs des ignorants pensent que les Soufis sont détendus dans la Chari`a. Loin d’eux de telles fausses croyances qui leurs sont attribuées! La première fondation de leur voie est la Sunna et d’éviter tout ce qui s’y oppose!

Leur élite porte-parole et maître de leurs voies et le pilier de leur groupe, Abou al-Qassim al-Qouchayri, déclara qu’ils acquièrent le nom de tassawwouf en vue de se dissocier des Gens d’Innovation.Il mentionna que les Musulmans les plus honorables, après le Prophète, ne se donnèrent pas, en leur temps, d’autre titre que Compagnons, car il n’y a pas de mérite au-dessus de celui d’être un Compagnon – ainsi ceux qui leur succédèrent furent appelés Successeurs. Après cela, les gens différèrent et la disparité des niveaux devint plus apparente parmi eux. Les élites parmi ceux dont la prudence dans la croyance fut observée comme intense furent ainsi appelées zouhhad et `oubbad. En conséquence, toutes sortes d’innovations firent leur apparution, et les élites d’Ahl al-Sunna qui observèrent leurs obligations envers Allah, et préservèrent leur cœur de l’insouciance devinrent uniques en leur genre sous le nom de tassawwouf. Considère ceci, et tu réussiras. Et Allah est Savant.[224]

Ibn Khaldoun (d.808)

Ibn Khaldoun dit dans son fameux Mouqaddima:

Le tassawwouf est l’une des dernières sciences de Loi dans la communauté Islamique. La fondation du tassawouf cependant, est plus ancienne (comme cela a été vu dans les faits) que ces gens et leur voie a été présente parmi les Salaf et parmi les Compagnons les plus avancés et parmi leurs Successeurs, leur voie est la voie de la vérité et de la guidance.

La fondation de la voie des Soufis est l’auto-contrainte dans le monde et une totale dépendance en Allah; l’auto-privation des plaisirs, de l’argent, et de titre, de l’avis de la majorité des savants, et l’isolement des créatures dans la retraite et la dévotion dans l’adoration.

Tous ces aspects furent répandus parmi les Compagnons et les Salaf, mais avec l’envahissement de la mondanité au cours du deuxième siècle et le siècle suivant, de même que l’inclinaison des gens envers le monde, ceux qui restèrent attachés à l’adoration furent connus sous le nom de Soufis.[225]

suite de la position des Savants (III)

Sommaire


[169] Note du traducteur: je n’ai pas encore pu avoir sous ma main la version française de ces deux œvres (s’il en existe).

[170] Ce démenti global et subjectif de la part de Dhahabi fait penser à son démenti de l’authentification du rapport de l’attitude de l’Imam à l’écoute pour la première fois d’al-Mouhassibi.

[171] Al-Haytami, Fatawa hadithiyya 315-316.

[172] Note du traducteur: Tassawwouf est la deuxième moitié du volume I de la série: “Croyances et Doctrines Islamiques selon Ahl al-Sunna; Une répudiation des innovations “Salafi” du même auteur.

[173] Ibn Qoudama, Moukhtaqqar minhaj al-qassidin li Ibn al-Jawzi, éd. M. Ahmad Hamdan et `Abd al-Qadir Arna'out, 2nd éd. (Damas: maktab al-chabab al-mouslim wa al-maktab al-islami, 1380/1961) p.426.

[174] Nouh Keller, Reliance of the Traveller p.1046.

[175] Dans Ibn `Ajiba, Iqaz al-himam p.8.

[176] al-Dhahabin, Siyar a`lam al-noubala' [#969].

[177] Miftah al-sa`ada 2:353; al-Soubki, Tabaqat al-chafi`iyya 8:214.

[178] Al-`Izz ibn `Abd al-Salam, Qawa`id al-ahkam (Dar al-charq li al-tiba`a, 1388/1968) 1:29, 2:212.

[179] Note du traducteur: La danse ici n’a rien avoir avec celle pratiquée dans les cabarets ou discothèques; la danse dont il s’agit ici est une pratique spirituelle comme dans le cas de Mawlana Rumi (Que Dieu bénisse son âme) et son ordre appelé Mawlawi. Elle est pratiquée en dehors de toute idée de satisfaire la nafs. Encore aujourd’hui cette pratique existe dans cet ordre et ailleurs.

[180] Ahmad, Mousnad 1:108 (#860).

[181] Al-Haytami, Fatawa hadithiyya p.212.

[182] al-Yafi`i, Mir'at al-jinan 4:154.

[183] Ibn al-`Imad, Chadharat al-dhahab 5:302; Ibn Chakir al-Koutoubi, Fawat al-wafayat 1:595; al-Yafi`I, Mir`at al-jinan 4:154; al-Nabahani, Jami` Karamat al-awliya 2:71; Abou al-Sa`adat, Taj al-ma`arif p.250.

[184] al-`Izz ibn `Abd al-Salam, Fatawa misriyya p.158.

[185] al-`Izz ibn `Abd al-Salam, Qawa`id al-ahkam 2:220-221.

[186] Al-`Izz ibn `Abd al-Salam, Fatawa, éd. `Abd al-Rahman ibn `Abd al-Fattah (Béirout: dar al-ma`rifa, 1406/1986) p.138-142.

[187] Ibn Abi Zayd, al-Jami` fi al-sounan p.118-119.

[188] Cf. Nouh Keller, Al-Maqassid: Manuel d’Islam de l’Imam Nawawi (Evanston: Sunna Books, 1994) p.85-86.

[189] Al-Nawawi, Boustam al-`arifin (Beyrout: dar al-kitab al-arabi, 1405/1985) p.53-54.

[190] Al-`Izz ibn `Abd al-Salam [al-Maqdissi], Hall al-roumouz wa mafatih al-koumouz (La Caire: matba`at nour al-amal) p.7.

[191] Le commentaire est disponible dans le volume 10:455-548 de la première édition de Riyadh du Majmou` fatawa Ibn Taymiyya.

[192] Majmou` fatawa Ibn Taymiyya 10:516.

[193] Ibn Taymiyya, al-Safadiyya (Riyad: matabi` hanafa, 1396/1976) 1:267.

[194] Ibn Taymiyya, Majmou`at al-rassa`il wa al-massa`il (Béyrout: lajnat al-tourath al-`rabi) 5:83.

[195] Maj,ou` fatawa Ibn Taymiyya 10:473-474.

[196] Ibid. 10:479.

[197] Ibn Taymiyya, Majmou`a al-rassa`il wal-massa`il 1:162.

[198] Ibn Taymiyya, al-Ihtijaj bi al-qadar (Le Caire: al-matba`a al-salafiyya, 1394/1974) p.38.

[199] Ibn Taymiyya, Tawhid al-rouboubiyya dans Majmou`a al-Fatawa al-koubra (Riyad, 1381) 2:464-465.

[200] George Makdisi, “L’isnad initiatique soufi de Mouwaffaq ad-Din ibn Qoudama,” dans Cahiers de l’Herne: Louis Massignon (Paris: Edition de l’Herne, 1970) p.88-96; “Ibn taimiya: A Soufi of the Qadiriya Order,” in American Journal of Arabic Studies I (Leiden: E.J. Brill, A974) p.118-129; “The Hanbali School and Soufism,” in Boletin de la Asiciatcion Espanola de Orientalistas 15 (Madrid, 1979) p.115-126.

[201] Ibn `Abd al-Hadi, Bad' al-'ilqa bi labs al-khirqa, ms. al-Hadi, Collection Arabe de la Bibliothèque de Princeton, fols. 154a, 169a, 171b-172a; et l’université de Damas, copie originale du manuscript Arabe, 985H; aussi mentionné dans at-Talyani, manuscript Chester Beauty 3296 (8) à Dublin, fol. 67a.

[202] Manuscript de Damas, Zahiriyya # 1186 H.

[203] Ibn Taymiyya, Majmou`a al-fatawa al-koubra 11:5.

[204] Ibn `Ajiba, Iqaz al-himam p.6.

[205] al-Cha`rani, al-Tabaqat al-koubra 1:4.

[206] `Abd al-Qahir al-Baghdadi, Ousoul al-din p.315-16.

[207] Ibn Taymiyya, Majmou`a al-fatawa al-koubra 11:16-20.]

[208] Op.cit.2:396-397.

[209] Op.cit. 10:339.

[210] Note du Traducteur: Tassawwouf ou la purification du cœur est la deuxième moitiée du volume I dont le titre du même auteur est: Coyances et Doctrines Islamiques selon Ahl al-Sunna; Une réfutation des Innavations Salafies.

[211] Ibn `Ata Allah, Lata'if al-minan fi manaqib Abi al-`Abbas…sur les notes de Lata'if al-minan wa al-akhlaq (Le Caire, 1357) 2:17-18 de Cha`rani

[212] Note du traducteur: Nous avons utilisé l’expression “en Français” parce que le document lit: “La première traduction en Anglais”; et puisque nous n’avions sous nos mains jusqu’au jour où cette traduction fut fini une version en Français du débat.

[213] Voir Ibn al-`Imad, Chadharat al-dhahab (1350/1931) 6:20f.;al-Zirikly, al-A`lam (1405/1984) 1:221; Ibn Hajar, al-Dourar al-kamina (1348/1929) 1:148-273; Al-Maqrizi, Kitab al-soulouk (1934-1958) 2:40-94; Ibn Kathir, al-Bidaya wa al-nihaya (1351/1932) 14:45; Soubki, Tabaqat al-chafi`iyya (1324/1906° 5/177f. et 9:23f.; Souyouti, Housn al-mouhadara fi akhbar mirs wa al-qahira (1299/1880) 1:301; al-Dawadari, al-Dourr al-fakhir fi sirat al-malik al-Nassir (1960) p. 200f.; al-Yafi`i, Mir'at al-janan (1337/1918) 4:246; Cha`rani, al-Tabaqat al-koubra (1355/1936) 2:19f.; al-Nabahani, Jami` karamat al-awliya' (1381/1962) 2:25f.

[214] Boukhari et Mouslim, hadith de Jabir: «Il m'a été octroyé cinq choses dont une qui n’a été à aucun prophète avant moi…»

[215] Al-Tabarani le rapporte dans al-Kabir. Ibn Hibban et al-Hakim le déclare solide. Ibn Abi Chayba sur l’autorité de Jabir rapporte une narration similaire. Similaire aussi est ce qu’Ibn `Abd Al-Barr sur l’autorité d’Ibn `Abbas et d’Abou Nou`aym dans son Hilya sur l’autorité d’Anas Ibn Malik rapporte, comme al-Hafiz al-Souyouti mentionna dans le Jami` al-Kabir, Haythami dit dans Majma` al-zawa'id: «La chaîne de Tabarani contient Rawh ibn Salah qui a certaines faiblesses mais Ibn Hibban et al-Hakim la déclare digne de confiance. Le reste de ses sous-narrateurs sont des gens de hadiths solides.» Cette Fatima est la mère d’Ali, qui éleva le Prophète.

[216] Hadith: «O jeune homme… si tu as besoin de demander, demande à Allah. Si tu as besoin d’aide, demande l’aide d’Allah…» (ya ghoulam ala ou`allimouka…): Tirmidhi (#2516 hassan sahih); Bayhaqi dans Asma' wa al-sifat p.75-76 et Chou`ab al-iman 2:27-28 (#1074-1075) et 7:203 (#10000); Ahmad 1:307; Tabarani, Ibn Hibban; Abou dawoud; al-hakim; Nawawi l’inclu dans ses 40 Hadiths (#19) mais Ibn al-Jawzi le plaça parmi les faux.

[217] Tiré de Reliance of the Traveller (Oudat al-Salik) p.954-957: « (`Ali Qari:) Le Hadith « Je suis la cité de la connaissance et `Ali est sa porte» fut mentionné par Tirmidhi… [qui] dit que ce fut non reconnu. Boukhari dit la même chose, et dit que ce fut sans revendication légitime à une authenticité. Ibn Ma`in dit que ce fut un mensonge sans base, comme le dirent aussi Abou hatim et Yahya ibn Sa`id. Ibn Jawzi l’enregistra dans son livre de Hadiths forgés, et fut confirmé par Dhahabi, et autres. Ibn Daqiq al-`Eid disait, «Ce hadith n’est pas confirmé par les savants, et certains le considèrent d’inventé.» Daraqoutni dit qu’il ne fut pas corroboré. Ibn Hajar `Asqalani fut questionné au sujet de ce hadith, et il répondit qu’il était bien authentique (hassan), non rigoureusemnt authentique (sahih), comme Hakim a dit, mais non une invention (mawdou`), comme Ibn Jawzi le prétend. Ceci fut mentionné par Souyouti. Le maître de Hadiths (hafiz) Abou Sa`id `Ala'i dit, «La vérité est que le hadith est bien authentifié (hassan), au vue de ses multiples voies de transmission, étant ni rigoureusement authentifié (sahih) ni faible (da`if), plus ou moins qu’un faux» (Rissala al-mawdou`at, 26).»

[218] Ceci est une évidente clé dans le Hikam d’Ibn `Ata' Allah, par exemple #205: «Quelques fois les lumières te parviennent et trouvent ton cœur rempli de formes de choses créées, alors elles retourment de là où elles sont descendues.» Ibn `Ata' Allah, Les Aphorismes Soufis (Kitab al-hikam), trad.Victor Danner (Leiden: E.J. Brill, 1984) p.53.

[219] Comme illustré par Salah al-Din al-Safadi dans l’introduction de Ghazali dans son dictionaire bibliographique: «Mouhammad ibn Mouhammad ibn Mouhammad ibn Ahmad, la Preuve de l’Islam, l’Ornement de la Foi, Abou Hamid al-Toussi…» al-Safadi, al-Wafi bi al-wafayat 1:274.

[220] Ironiquement, un genre similaire de louanges sur le propre livre al-Hikam d’Ibn `Ata' Allah est rapporté sur l’autorité du grand cheick Mawlay al-`Arabi al-Darqawi par Ibn `Ajiba dans Iqaz al-himan (p.3-4): «J’entendis le juriste al-Bannani dire: «Le Hikam d’Ibn `Ata' Allah est presqu’une révélation (wahy). S’il était permis de réciter la prière quotidienne sans le Coran, les mots du Hikam auraient été permis.» Il veut dire par cela qu’il n’y a rien dans le Hikam sauf ce qui procède du Coran et s’y réfère encore, et Allah est savant.

[221] Dans Mouhammad Zaki Ibrahim, Ousoul al-woussoul (Le Caire: 1404/1984) 299-310.

[222] al-Soubki, Mou`id al-n`iam wa moubid al-niqam p.190.

[223] al-Chatibi, al-Mouwafaqa fi ousoul al-chari`a (Le Caire: al-maktaba al-tijariyya al-koubra, 1975) 4:60

[224] al-Chatibi, al-I`tissam min al-koutoub, cité dans al-Mouslim: majallat al-`achira al-mouhammadiyya (Dhou al-qi`da 1373).

[225] Mouqaddimat ibn Khaldoun, p.328.

© Encyclopédie de la doctrine islamique, Shaykh Muhammad Hisham Kabbani

suite et fin de la partie IV

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